Il avait dit qu’il resterait volontiers jusqu’à 62 ans, en 2018, âge de la retraite ordinaire pour lui. Le calendrier politique en aura décidé autrement. Le chef de l’Armée, André Blattmann, quittera son poste de travail en mars 2017, d’un commun accord avec le Conseil fédéral, a annoncé ce dernier mercredi. Le chef du Département de la défense, Guy Parmelin, promet qu’il ne faut y voir aucune mise à l’écart.

De fait, le moment est opportun. Prévue en 2017, l’entrée en vigueur de la réforme Développement de l’armée (DEVA) aura finalement lieu à partir de 2018, pour autant qu’elle ne soit pas coulée par un référendum. «Il n’aurait fait aucun sens que la personne qui doive mettre en œuvre le DEVA soit à quelques mois de la retraite. Nous avons décidé avec le conseiller fédéral Parmelin qu’il était opportun de faire de la place maintenant», confirme André Blattmann.

Une indemnité de plus de 300’000 francs

Si le calendrier est logique, la procédure qui l’accompagne a surpris. En résiliant ses rapports de travail d’un commun accord avec la Confédération, sans avoir commis de faute grave, André Blattmann s’assure le versement d’une indemnité d’un mois à un an de salaire. Pour le Zurichois domicilié dans le canton de Fribourg, qui aura passé huit ans à la tête de l’armée soit une véritable prouesse de longévité, ce sera un an de salaire.

Le conseiller fédéral Guy Parmelin réfute le terme de parachute doré: «C’est réglé conformément à la loi sur le personnel». André Blattmann précise que «ces règles n’ont pas été inventées pour moi». Combien cela représente? Ni l’un ni l’autre n’a voulu articuler de chiffre. Selon nos recherches, le salaire annuel du chef de l’armée se monte à environ 325’000 francs. Pour rappel, Roland Nef, le prédécesseur d’André Blattmann à la tête de l’armée, avait reçu une indemnité de 275’000 francs, alors qu’il avait dû démissionner sept mois après son entrée en fonction, emporté dans une polémique sur ses relations avec son ex-compagne.

Le temps d’un «Romand issu des Forces terrestres»

La nomination du nouveau chef de l’Armée par le Conseil fédéral interviendra au deuxième semestre, pour une entrée en fonction début 2017. Un temps trop long d’après ce connaisseur de l’armée: «En termes de management, annoncer le départ du chef un an à l’avance n’est pas propice à la sérénité à l’interne. André Blattmann ne pourra plus prendre de décision». Cela s’avérerait, selon ce spécialiste, particulièrement problématique si la situation migratoire aux frontières venait à se dégrader.

Le ministre Guy Parmelin, au contraire, cite l’adage «gouverner, c’est prévoir». «Cette décision nous donne le temps de réfléchir». Une commission de recherche devra lui soumettre une ou des propositions. La composition de ce groupe reste à définir, mais le Vaudois pense «qu’il faudrait peut-être l’ouvrir vers l’extérieur également».

Le nouveau chef doit être Romand et provenir des Forces terrestres

Quel est le profil recherché? Guy Parmelin égrène les qualités requises. «Quelqu’un qui a de l’entregent, qui connaît bien la maison de l’intérieur, qui a la confiance au sein de l’armée, un pragmatique. J’ai mené des entretiens avec tous les officiers supérieurs depuis mon entrée en fonction. Les candidats ne manqueront pas».

Un élu socialiste sous la Coupole fédérale verrait bien Aldo Schellenberg, le chef des Forces aériennes, «un candidat naturel, habile, qui sait manoeuvrer pour être dans les bons papiers. En plus, il est en train d’apprendre le français, ce qui est toujours un signe». «Remettre une personne issue des Forces aériennes serait difficile à mon avis», estime au contraire le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS).

Denis Froidevaux, ancien président de la Société suisse des officiers resserre le profil énoncé par Guy Parmelin: «Il doit être Romand et provenir des Forces terrestres selon moi. Parce que l’on vient d’avoir deux chefs de l’armée issus des composantes aériennes. Il faut quelqu’un qui connaisse tous les rouages de la structure, avec un très bon interface avec la politique, la société civile et les médias et une résistance au stress supérieure à la moyenne».


Les hauts et bas d’André Blattmann, entre stock de guerre et prophéties

«André Blattmann est entré en fonction dans une période difficile, suite à l’affaire Nef. Il a su stabiliser l’armée et a réussi à améliorer le soutien de l’institution au sein du grand public». Le ministre Guy Parmelin a rendu hommage mercredi au chef sortant de l’armée. André Blattmann aura en effet su apaiser une institution ébranlée et renouer également avec l’économie, les milieux de la formation et le grand public. Sa réussite la plus importante? Il cite la réforme Développement de l’armée, qui vient d’être mise sous toit par le Parlement et doit conduire à une troupe totalement équipée de 140’000 hommes incorporables, dotée d’une enveloppe quadriennale de 20 milliards de francs. Ses regrets? Le doux Zurichois oublie l’échec du Gripen pour parler d’un potentiel d’amélioration en termes de communication. André Blattmann, auteur d’une chronique dans le populaire Blick am Abend a en effet connu des déboires dans les médias. En avril 2014, il révèle qu’il stocke 300 litres d’eau minérale à titre de réserves de guerre chez lui et conseille aux Suisses d’en faire de même. Il devient la risée nationale.

Sur d’autres thèmes, le temps lui donnera raison. En 2010, il évoque le scénario d’un afflux massif de réfugiés nécessitant l’intervention de l’armée aux frontières. Il doit alors s’expliquer face à une commission parlementaire. En 2011, il estime qu’une guerre en Europe est possible et parle de la nécessité de se préparer à des interventions en cas de catastrophes climatiques.