Sous pression, le Département fédéral de la défense (DDPS) a été contraint de faire marche arrière. Les services de garde assurés par l'armée ne se feront plus avec une arme chargée, «pour des raisons de sécurité». Cette décision, provisoire, entre immédiatement en vigueur et vaut «jusqu'à ce que l'enquête relative aux coups de feu involontaires soit terminée», a précisé lundi le DDPS dans un communiqué. Voilà qui constitue un nouveau revers pour Samuel Schmid.

La décision s'avérait nécessaire. Depuis le début de l'année, date de l'entrée en vigueur du nouveau règlement autorisant le service de garde avec arme chargée, huit incidents se sont déjà produits. Personne n'a été grièvement blessé – un soldat a tout de même été touché à la tête par des éclats –, mais la polémique fait rage. Les parlementaires, craignant des incidents à l'issue fatale, sont nombreux à attendre du DDPS davantage qu'une simple «suspension provisoire».

«Cas particuliers»

Le radical Didier Burkhalter (PRD/NE) est par exemple d'avis que la garde avec arme chargée devrait désormais constituer l'exception et celle sans balle engagée dans le canon, demeurer la règle. Ce qui correspond en gros aux directives provisoires actuelles. Josef Lang (Verts/ZG), Pius Segmüller (PDC/LU) et Peter Malama (PRD/BS) vont dans ce sens, via une motion commune déposée le 1er octobre. «Les services de garde avec arme chargée ne sont pas indispensables, sous réserve d'exceptions autorisées et requises», indique le texte. Peter Malama et Pius Segmüller ont tenu à rajouter une phrase pour souligner que la garde avec arme chargée peut être «recommandée et ordonnée dans des cas particuliers.»

Le 15 septembre dernier, le commandant de la place d'armes de Bure (JU) avait pris la décision de suspendre le règlement controversé, après un coup de feu intempestif. Le colonel Jean-Pierre Guélat a justifié sa décision par une clause permettant le retour à l'ancien règlement dans des cas «exceptionnels». Le ministre jurassien chargé des affaires militaires a aussitôt salué la «sage décision» du commandant de la place d'armes, invitant le DDPS à renoncer définitivement à cette mesure.

Spray irritant

Dans son communiqué, le DDPS a jugé nécessaire de souligner que la suspension provisoire de la garde avec arme chargée a été prise «d'entente avec le conseiller fédéral Samuel Schmid et le chef de l'armée ad interim André Blattmann». En janvier, le ministre s'était fait taper sur les doigts par la commission de politique de sécurité du Conseil des Etats pour sa communication «particulièrement maladroite» quant à ce nouveau règlement. Selon nos informations (LT du 16.07.08), le conseiller fédéral l'aurait d'ailleurs signé en ignorant son contenu précis, inadvertance qu'il paie aujourd'hui.

Pour remplacer des balles qui ont tendance à partir trop facilement et rester efficace en cas de problèmes, le DDPS a trouvé une solution de rechange: il a décidé d'introduire à large échelle le spray irritant RSG 2000. Ce spray faisait déjà partie de l'équipement de la troupe engagée pour assister les autorités civiles lors de l'EURO 2008.