Zurich et Bâle sont plus solidement ancrées à gauche que jamais. Depuis 12 ans dans la ville rhénane et 26 ans sur les bords de la Limmat, constatent, chacune sur une pleine page, la Basler Zeitung (BaZ) et la NZZ de samedi.

Les deux quotidiens bourgeois, aux lignes éditoriales fort différentes, tentent de jeter les bases d’un sursaut de la droite. L’heure est à l’autocritique.

A lire aussi: Quand la gauche résiste à l’union de droite

Il est vrai que l’alliance des partis bourgeois laissait espérer un changement de majorité à Bâle la semaine dernière. Mais la ville est clairement restée rouge-verte.

Des facteurs structurels

Les raisons sont structurelles, tant l’administration est étendue et tant les électeurs recevant des aides et allocations sont nombreux. «Le PS est le seul parti au monde qui considère qu’une bureaucratie croissante est une bonne chose», écrit Markus Somm, rédacteur en chef de la BaZ. «Chaque réglementation, chaque formulaire à remplir, chaque interdit, chaque impôt et taxe est une bonne nouvelle pour ces gens», ajoute-t-il. Structurellement, le PS arrive à 25% au minimum. Le reste est à gagner en faisant campagne.

Mais il n’y a pas eu de triomphe de la gauche dimanche dernier. Les 32,5% obtenus par le PS sont inférieurs aux 32,8% de 2004. La majorité est encore loin. «Il appartient aux bourgeois et non pas au parti socialiste de renforcer la concurrence entre les partis», juge Markus Somm. Le rédacteur en chef de la BaZ constate d’ailleurs que la «politique des transports dogmatique» du conseiller d’État Hans-Peter Wessels, «l’homme qui déteste les automobilistes» (Autohasser) ne lui a pas réussi. Son score est très inférieur à celui de ses collègues.

Eviter les hymnes néo-libéraux


L’électeur bâlois doit être convaincu, à son avis, que la droite apporte des solutions concrètes plutôt que de vagues promesses. «Les hymnes néo-libéraux, l’encens libertaire et le chant de l’efficience» doivent être proscrits. La BaZ jette la pierre à des candidats bourgeois qui se «laissent mentalement coloniser par une administration dominée par les socialistes». Un phénomène qui dépasse les murs de la ville rhénane, selon Markus Somm. Ce dernier s’étonne par exemple que le Conseil fédéral, apparemment fort d’une majorité de centre droite, introduise une «police des salaires» dans les entreprises d’au moins 50 employés. Et de demander ce qu’a voté Didier Burkhalter lors de cette séance?

A Zurich, après 41 ans d’absence, «le Filz rouge» règne depuis mars 1990, lors d’une célèbre défaite du maire PLR de l’époque, Thomas Wagner, note Daniel Fritzsche. Le vent libéral qui soufflait alors en Europe de l’Est n’a pas atteint la Limmat. Le phénomène était également structurel. Quiconque avait les moyens préférait habiter en périphérie de la ville.

La constitution de la ville correspond au programme du parti

La gauche gouvernementale a répondu aux besoins de ses électeurs. Elle a investi dans les transports publics, les écoles, la culture. Les recettes fiscales abondaient. Aujourd’hui, «les trams sont à l’heure, les impôts élevés, mais sans excès, les magasins bio dans chaque coin et presque plus personne ne roule en voiture», écrit la NZZ. A son avis, «la nécropole de Zurich vit». La constitution de la ville correspond au programme rouge-vert, selon le quotidien. Mais c’est une politique coûteuse. Les recettes fiscales seront-elles longtemps au rendez-vous?

Les prochaines élections zurichoises auront lieu en 2018. Un changement total paraît «illusoire». Mais le centre-droit peut «au moins égratigner» la majorité de gauche, espère la NZZ.

«Le PLR, l’UDC et le PDC n’ont pas à pratiquer une politique de l’autruche. Ils doivent présenter un discours clair et des candidats valables», explique Daniel Fritzsche. Le quotidien zurichois ne manque pas d’accuser l’UDC au passage, coupable de ne pas présenter des candidats susceptibles d’être accueillis assez favorablement par l’électorat urbain.

A lire aussi:  «Bâle n'est pas comme les autres villes de Suisse»