«Dire qu'un service public peut fonctionner dans un environnement même partiellement libéralisé tient de la naïveté, voire de l'hypocrisie.» L'engagement de Pierre-Yves Maillard dans ce domaine ne date pas d'hier. En 1996 déjà, le conseiller national vaudois s'était battu en vain pour que les socialistes s'opposent au divorce entre La Poste et les télécoms. Selon lui, la privatisation de Swisscom et ses récentes conséquences sur l'emploi parlent d'elles-mêmes. Il ne mâche pas ses mots concernant l'attitude de son camarade de parti Moritz Leuenberger, choqué non par sa vision divergente de la fonction publique, mais «parce que les choses se font en douce». Face aux milliers de licenciements annoncés chez l'opérateur, la Confédération doit intervenir en tant qu'actionnaire: «Difficile de protester lorsque Novartis supprime des emplois à tour de bras, et de ne pas bouger lorsqu'une entreprise dont on détient les 2/3 fait de même…»

C'est précisément parce qu'il juge insuffisante la protection contre les licenciements proposée dans la nouvelle loi sur le personnel que Pierre-Yves Maillard soutient le référendum. Salaire au mérite ou interdiction partielle du droit de grève figurent également sur la liste. Pour autant, il est persuadé que des réformes s'imposent, suppression des nominations, instauration d'une protection maternité et du partage du temps de travail par exemple: «Sans l'arrière-pensée des privatisations, ce serait un chantier passionnant.» Mais il y a des acquis auxquels il ne faut pas renoncer. Pour Pierre-Yves Maillard, la Confédération doit se poser en employeur modèle face aux géants du privé. Cela implique notamment qu'elle «s'interdise les licenciements économiques». Trop cher? «Les bénéfices de La Poste et de Swisscom se comptent en centaines de millions. Quant aux CFF, ils approchent des chiffres noirs.»

Restent les ambitions européennes de la Suisse: en particulier dans la téléphonie, comment justifier un Etat très présent, voire un monopole, lorsque les pays alentour libéralisent? Pierre-Yves Maillard est prudent, persuadé qu'en matière de privatisations, l'Europe reviendra sur ses pas: rachat des entreprises par les Etats ou même création d'un service public européen. «Pragmatisme»: tel doit être, selon lui, le maître mot dans la gestion du service public. Concrètement, le gros du gâteau – dans les télécoms, la téléphonie fixe – resterait aux mains de l'Etat. Tandis que des secteurs tenant moins du service public – les communications mobiles – pourraient être livrés à la concurrence.