Entre le rejet viscéral valaisan et les bras ouverts bernois – «le loup est le bienvenu chez nous», avait déclaré le ministre bernois Andreas Rickenbacher, en 2007 –, Neuchâtel se prépare à la venue du loup sur ses terres, avec pragmatisme et sans état d’âme. «On ne va pas lui dérouler le tapis rouge, mais c’est un fait que son arrivée est imminente», commente le ministre libéral-radical Claude Nicati. Son prédécesseur à la tête du Département de la gestion du territoire, Fernand Cuche, avait, lui, souhaité la bienvenue au loup.

Depuis l’été, un loup rôde dans les environs de Pontarlier, en France voisine. Même s’il n’y a pas encore de preuves génétiques, «on a du loup à quelques encablures, son passage sur notre territoire est plus que probable», explique Jean-Marc Weber, successeur d’Arthur Fiechter à la tête de la section de la faune neuchâteloise depuis mars dernier. Auparavant, il travaillait au programme national de gestion des carnivores Kora, spécialiste du loup.

«Minimiser les conflits» entre le loup et l’économie

Depuis 2005, des gardes-faune, forestiers ou promeneurs prétendent avoir vu un loup dans l’Arc jurassien, entre la vallée de Joux et l’Ajoie. Mais rien ne l’atteste formellement. «Nous n’avons constaté aucune trace et ni aucun dégât cette année», confirme Jean-Marc Weber.

Reste que la probabilité d’en apercevoir prochainement est «grande». Alors, Neuchâtel s’y prépare, pour éviter tout psychodrame. Claude Nicati a constitué un groupe de coordination qu’il a réuni dernièrement. La séance initiale s’est déroulée dans la plus grande sérénité.

Plutôt que de s’afficher pour ou contre le retour du prédateur – le dernier spécimen avait été abattu en 1845 dans le canton de Neuchâtel –, on préfère s’informer et s’appliquer à «minimiser les conflits entre une espèce protégée et des intérêts économiques», commente Jean-Marc Weber. Il n’y a donc pas de rejet de principe à Neuchâtel.

Reste à mettre en place une stratégie de protection des troupeaux. Tout autant que les mesures, le processus est important et doit impliquer tous les intéressés. Neuchâtel pourrait s’inspirer de l’exemple du voisin bernois. Sans toutefois reproduire son plan de gestion bernois. «Notre environnement est différent de celui des Alpes. Nous avons peu de moutons et de menu bétail, tout au plus des chèvres. Nous devons protéger les bovins.»

Placer des moutons vers les vaches

Le loup s’attaquerait-il moins facilement à une vache qu’à un mouton? Un solitaire ne s’y risquera pas. Un couple peut-être. Il pourra viser un bovin de taille moyenne ou un veau. Or les vaches mères sauront défendre leur progéniture.

Ne faut-il pour autant rien faire? «Le plan que nous devons encore définir, pourrait être panaché, explique Jean-Marc Weber. Il consiste à placer des moutons à proximité des vaches, des moutons protégés par des chiens. On ne peut pas placer des chiens directement dans un troupeau de bovins, car les vaches mères les rejetteraient et les agresseraient.»

Le loup disposera-t-il de suffisamment de proies sauvages à Neuchâtel? Le gibier est abondant, notamment le chevreuil. La région neuchâteloise compte quelques cerfs, plats favoris du loup. Pourrait-il les exterminer de la région? «Cela fait partie du processus naturel», relativise Jean-Marc Weber. Dernièrement, un lynx a été capturé et déplacé en Autriche. Pour faire de la place au loup? «Absolument pas, cette opération est sans rapport avec la probable venue du loup», sourit le responsable de la gestion de la faune.