C'est dans l'obscurité totale que se jouent au-dessus de la Rade les feux d'artifice de Genève. La Cité de Calvin est la seule ville du monde à éteindre l'intégralité de son éclairage public pour offrir une heure d'émerveillement pyromélodique à ses concitoyens. «C'est unique, s'exclame Pierre Walder, grand instigateur de ce spectacle depuis quarante ans. Même à Montréal, qui organise le plus grand concours de la planète, ça ne s'est jamais vu.» Une grande plage d'ombre accueillera donc samedi à 22 heures les traditionnels feux genevois, classés aujourd'hui parmi les plus importants du monde. Le désormais classique Giovanni Panzera présentera la partie principale du spectacle sur le thème «Genève Cartoon», avec des hommages à Popeye, la Panthère rose, les Trois petits cochons, Felix le chat.

Cette année marque aussi le dernier «tiers de finale» du concours de feux d'artifice de Genève, lancé en 1997. Depuis deux ans, six artificiers de nationalités différentes se sont déjà affrontés à coups d'étincelles lumineuses. L'objectif des organisateurs étant de sélectionner les trois meilleures sociétés à qui sera confiée, en partie, la réalisation des superfeux de l'an 2000. La particularité du concours genevois consiste à n'inviter que des fabricants de bombes, la plus grosse pièce de feux d'artifice et la plus populaire. «Nous voulions atteindre une vraie diversité dans le savoir-faire, explique Pierre Walder. Les traditions culturelles d'un fabricant italien ne sont pas les mêmes que celles d'un Chinois. Le but est de présenter des pièces très différentes. Notre seule inquiétude, c'est que le monde des vrais professionnels de la pyrotechnie est plutôt petit. On tourne assez vite en rond, entre la Chine, l'Italie, l'Espagne, le Japon et les Etats-Unis. Tout finit par se ressembler.»

Comment gagner grâce à une erreur magnifique

Pour l'instant, le concours étonne encore. Après la victoire de la maison italienne Soldi en 1997 et celle du japonais Marutamaya en 1998 – il avait convaincu le jury par une sphère allongée près du sol qui s'était en fait révélée une magnifique erreur, la bombe ayant explosé trop vite –, les trois candidats en lice cette année ne devraient pas décevoir. Avec une prestation de six minutes chacun, sur des musiques choisies et imposées par Pierre Walder en fonction du pays. Made in USA: avec dans ses bagages tout le savoir-faire de son pays d'origine, l'émigré italien Zambelli a fondé son entreprise à Philadelphie voilà plus d'un siècle. Son style est à l'image de sa nouvelle patrie: efficace et puissant. C'est la plus grande fabrique des Etats-Unis. Même le Président fait appel à eux pour les festivités du 4 Juillet à la Maison-Blanche! Au programme: country music, Frank Sinatra et Michael Jackson.

Finesse orientale: plus mystérieuse, l'entreprise taïwanaise San Tay date aussi du siècle dernier. D'elle, on connaît surtout la beauté de ses effets spéciaux et la particularité de son mode de production disséminé chez les habitants du sud de l'île. Son répertoire: musique folklorique, mélodie d'adoration à la lune et rock taïwanais. Imagination belge: les frères Hendrickx aiment l'eau et les renversements. Leur spécialité est donc la bombe aquatique qui explose doucement au contact de l'eau. Cette maison, la plus grande du pays, est le fournisseur attitré des rois de Belgique. Leur partition: contredanses, Carillon d'Anvers et Jacques Brel.

La musique accompagnant les feux d'artifice peut être écoutée en direct sur Radio Nostalgie 105 FM et sur WRG FM 88.4.