Après le Parti libéral suisse, le PDC et huit sections romandes du Parti radical dont, dernière en date, celle du Jura bernois, on enregistre une nouvelle défection à droite face à l'article constitutionnel sur la santé, soumis au peuple le 1er juin. Mardi, la Fédération des entreprises romandes s'est rangée dans le camp du non. Qui, s'il ne cesse de se renforcer en Suisse romande, reste pour le moment loin derrière celui du oui dans les sondages.

La situation désarçonne y compris les partisans du texte soumis au vote, qui ne donnaient pas cher de ses chances et ne se sont engagés qu'assez mollement en sa faveur tandis que les adversaires multiplient interventions et prises de position.

Résulte-t-elle d'une ignorance destinée à se résorber? Ou d'une adhésion au renforcement de la concurrence et du pouvoir des caisses voulu par le texte? Seul le vote permettra sans doute de trancher la question. Un vote qui s'annonce différent des deux côtés de la Sarine comme chaque fois que la responsabilité individuelle et la solidarité sont dans la balance.

Fibre sociale

Les entreprises romandes, ainsi, se distinguent d'economiesuisse, engagée pour le oui. «Sur les questions sociales, nos positions divergent souvent, explique Blaise Matthey, représentant des premières. Pour des raisons culturelles mais aussi pour des raisons sociologiques. Economiesuisse rassemble des entreprises importantes tournées vers l'exportation. Trois quarts de nos membres sont de petits patrons, qui ont moins de cinq employés et travaillent souvent dur pour tourner.» Parmi ces petits patrons se trouvent notamment des médecins et des physiothérapeutes hostiles à un texte qui risque, à terme, de déboucher sur une levée du libre choix du médecin et méfiants envers les caisses maladie. A Genève, cette méfiance a entraîné jusqu'aux cliniques privées dans le camp du non.

Pour la concurrence mais...

«Nous sommes pour la concurrence, précise Philippe Cassegrain leur président. Nous la pratiquons chaque jour. Mais nous craignons que le principe du financement moniste, compris dans le texte soumis au vote, ne renforce encore le pouvoir déjà considérable des assurances. On nous parle de transparence accrue. Mais cela fait des années que les cantons réclament cette transparence aux assureurs et n'obtiennent rien. Pour nous, cela signifie notamment que nous nous trouvons une année sur la liste des cliniques remboursées par une caisse et que nous en sortons l'an suivant sans savoir pourquoi. Une caisse à laquelle j'avais demandé une explication pour mon établissement il y a plusieurs années m'a répondu que les critères retenus ressortissaient au secret des affaires...»

Autre souci des cliniques: la possible levée de l'obligation de contracter. Qui risque, estime Philippe Cassegrain, de prétériter les praticiens prenant en charge les cas les plus lourds. Et d'amener les établissements à devoir vérifier les statuts de chaque praticien avec lequel ils collaborent à l'égard de chaque assurance.

Là encore, toutefois, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets: ailleurs en Suisse, les cliniques se montrent, comme l'association faîtière des hôpitaux H+, favorables à un texte qui les mettra en situation de disputer les assurés de base aux hôpitaux publics.

«En Suisse alémanique, relève Nicolas Froelicher, directeur financier de l'Hôpital de La Tour à Genève, les cliniques privées sont déjà actives dans l'hospitalisation à charge de l'assurance de base et elles sont intéressées à développer ce statut. A Genève, où un assuré sur trois a une assurance complémentaire, elles ont un marché suffisant sans cela. Elles y développent une offre bien différenciée qu'elles n'ont pas forcément envie de remettre en cause.»

Plus social d'un côté, plus attaché à ses libertés de l'autre: la méfiance romande envers le projet des Chambres a, on le voit, des motifs composites.