Fernand Cuche, l'infatigable secrétaire du syndicat paysan Uniterre, inaugure ce mercredi une forme de protestation politique inédite en Suisse: il mobilise ses troupes au domicile du ministre de l'Economie, Pascal Couchepin, au-dessus de Martigny, afin d'exprimer le mécontentement de la paysannerie face à sa politique agricole. Jusqu'à maintenant, le lieu de résidence des membres du gouvernement est toujours resté un espace protégé, intangible, clairement séparé de celui de leur action politique. Contacté par Le Temps, l'ancien conseiller fédéral René Felber ne se souvient pas d'avoir été importuné chez lui, si ce n'est, une fois, par le dépôt d'une pancarte de protestation devant sa maison.

Il y a certes eu l'attentat à l'explosif contre la villa de Rudolf Friedrich, en août 1984. Mais il s'agissait d'un acte terroriste qui n'avait aucun lien avec l'activité politique du magistrat zurichois, si ce n'est qu'il visait symboliquement un représentant de l'Etat. Cet attentat s'inscrivait dans une série d'actes délictueux perpétrés dans la région de Winterthour par de jeunes marginaux. La maison de la conseillère d'Etat Hedi Lang, à Wetzikon, avait également été visée. Plus récemment, un acte de sprayage a eu pour cible la villa du président de l'UDC, Ueli Maurer, et cela vraisemblablement en raison de la politique d'asile défendue par son parti.

Pas d'intention violente ou illégale

Fernand Cuche n'a aucune intention violente ni illégale et conteste vouloir briser un tabou. «Nous allons respecter sa propriété et nous ne voulons pas mettre la pression sur des lieux privés», assure le conseiller national écologiste. Il n'empêche: le choix de manifester au domicile de Pascal Couchepin plutôt que devant son bureau à Berne n'est pas fortuit, car l'opération a pour but d'attirer davantage l'attention qu'une démonstration «ordinaire» organisée sur la place Fédérale. «Nous sommes allés plusieurs fois à Berne. Pascal Couchepin nous a reçus, mais il ne semble pas se rendre compte qu'il fâche les gens avec sa manière assez méprisante de répéter que les paysans sont trop nombreux et trop chers. Il est difficile de le sensibiliser à nos problèmes dans la tour gouvernementale. Nous en avons marre d'aller à Berne. Nous rendre à proximité de son chalet est une façon de faire baisser la pression», argumente-t-il. Fernand Cuche compte remettre une lettre à Pascal Couchepin. Celui-ci sera-t-il présent pour la recevoir?