L’affiche montre un tapis rouge et dénonce une «culture de bienvenue irresponsable». L’Union démocratique du centre a changé d’angle de tir, dans sa campagne contre la révision de la loi sur l’asile soumise au vote le 5 juin prochain. Elle a déroulé lundi en début d’après-midi à Berne un argumentaire très panaché, mêlant les événements de Nouvel-An à Cologne, l’accord migratoire UE-Turquie ou encore les chiffres de l’aide sociale.

En substance, la Suisse fait fausse route selon l’UDC. Elle doit rétablir les contrôles aux frontières et s’efforcer de renvoyer les migrants déboutés, plutôt que d’accélérer les procédures d’asile. «La révision n’est qu’un mensonge. Il y aura davantage de demandes d’asile, davantage de migrants économiques et cela desservira les vrais réfugiés», estime Toni Brunner, le président de l’UDC.

Bilan fédéral dénoncé

En saisissant le référendum contre la révision de la loi, l’UDC avait misé au départ sur le slogan «pas d’avocat gratuit pour les requérants», pariant sur une multiplication des recours des candidats à l’asile en leur offrant une assistance juridique. Mais le test de l’accélération des procédures d’asile mené à Zurich, dans un centre fédéral regroupant tous les acteurs, a montré le contraire. La durée des procédures a été réduite de 39%, le taux de recours est en baisse d’un tiers, et des économies de 110 millions par an ont été réalisées. La conseillère fédérale Simonetta Sommagura et les partis favorables à la révision de la loi ne manqueront pas de s’en gargariser au cours de la campagne.

Le conseiller national Andreas Glarner (UDC/AG) ne croit pas à ce bilan, parlant du centre de Zurich comme d’un «atelier protégé à côté de la réalité. Il traite 50% de cas faciles de plus que les centres réguliers et un tiers de cas difficiles en moins.» Promise à la vice-présidence du parti, la Genevoise Céline Amaudruz dénonce non seulement l’assistance juridique, mais aussi l’ensemble de l’accompagnement dispensé dans les centres fédéraux. «Les coûts ne manqueront pas d’exploser», craint-elle. Quant à Roger Köppel (UDC/ZH), il demande de «stopper la folie de l’asile pour sauver notre droit d’asile».

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Dans l’argumentaire de l’UDC, la question de l’expropriation est aussi remontée dans les priorités. C’est un point de détail de la loi, mais qui touche à une corde sensible de l’âme helvétique: le droit à la propriété. La nouvelle loi prévoit que la Confédération mette en place des centres fédéraux pour accélérer les procédures asile, selon un découpage régional. La Berne fédérale centralisera ainsi la planification des centres, sans avoir à en référer aux législations sur les constructions. Communes et cantons seront consultés, mais, en dernier recours, la Confédération pourra faire valoir un droit d’expropriation. Un scandale, selon l’UDC: «Le Département de justice et police aura tous les pouvoirs en mains. Ce n’est pas normal», dénonce Adrian Amstutz, le chef du groupe parlementaire.

La disposition n’a rien d’extraordinaire, rétorquent les opposants. L’expropriation s’applique pour les projets d’importance nationale: lignes à haute tension, routes, rails, etc. Le propriétaire concerné peut par ailleurs faire opposition et demander des indemnités.

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Le président Toni Brunner dénonce aussi le fait que «la Confédération a donné un avant-goût des expropriations en réquisitionnant les abris PC pour des requérants, sans demander leur avis aux communes.» Pourtant, cette disposition date du paquet urgent de 2013, que l’UDC a soutenu sans restriction. Ce n’est plus pareil, explique Céline Amaudruz: «Dans le premier projet, il y avait une limite de temps de trois ans. Là, la réquisition peut être définitive et nous n’en voulons pas, comme nous ne voulons pas que la Confédération puisse exproprier.»

Pas de campagne par affiches

Changeant de style, l’UDC renoncera à faire campagne d’ici au 5 juin dans ce qu'elle appelle l'«l’espace public payant», les affiches et les publicité dans les médias. Elle explique vouloir «confier la responsabilité aux médias de mener un débat équilibré». «Et nos moyens ne sont pas illimités», affirme Adrian Amstutz tout en précisant que d’autres scrutins sont en ligne de mire.

Paradoxe pour le parti de Christoph Blocher, il pourra compter sur l’appui de mouvements de gauche, en campagne avec des arguments opposés. La révision soumise au vote est considérée comme un durcissement du droit d’asile par les ONG. Un appel vient d’ailleurs d’être lancé par un «comité de sauvegarde du droit d’asile», dont fait partie notamment Nils de Dardel, ancien conseiller national (PS/GE).