Après l’imbroglio juridique provoqué par l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» approuvée en 2014, tout le monde attend toujours un vote de clarification. Celui-ci aura lieu, mais peut-être pas avant trois ans. L’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), ce puissant mouvement antieuropéen fondé en 1986 par Christoph Blocher et Otto Fischer, a rendu publiques les trois variantes de l’initiative qu’elle compte décider de lancer ce samedi 6 mai lors de son assemblée à Berne. Elle l’a fait en étroite collaboration avec l’UDC, qui elle se prononcera en juin prochain.

C’est finalement la mise en œuvre de l’initiative de l’UDC sous la forme d’une «préférence indigène light» le 16 décembre dernier qui a mis le feu aux poudres dans les rangs des anti-Européens. Alors que le texte réclamait notamment l’introduction de contingents, les deux Chambres s’en sont tenues à des mesures beaucoup moins draconiennes afin de favoriser les travailleurs résidant en Suisse lors du recrutement de personnel.

«Il est choquant que la classe politique ait foulé aux pieds la volonté populaire. C’est une révolution», se scandalise le président de l’ASIN Lukas Reimann. «Nous voulons lancer cette initiative avant la fin de cette année», ajoute-t-il.

Mardi 2 mai, son comité a retenu trois variantes dont au moins deux paraissent plus claires que le texte soumis en votation en 2014. Une première variante prévoit «la résiliation» de l’accord sur la libre circulation des personnes passé avec l’UE. Une deuxième variante complète cette phrase en interdisant au Conseil fédéral de signer tout accord en rapport avec la libre circulation.

Le flou du troisième texte

La troisième variante est en revanche beaucoup plus vague et fait craindre le même psychodrame que celui qui s’est dénoué en décembre 2016: elle interdit le principe de la libre circulation des personnes, mais sans préciser si cet objectif doit être atteint par une dénonciation de l’accord.

Voici un an encore, l’ASIN et l’UDC n’étaient pas d’accord sur la démarche d’une initiative. En février 2016, le stratège en chef de l’UDC Christoph Blocher avait appelé à la modération en matière d’initiatives, de manière à ne pas disperser les forces: «La mère des batailles, c’est le combat contre un accord institutionnel avec l’UE», avait-il rappelé. Cette réserve est désormais levée. A l’UDC, les trois conseillers nationaux Roger Köppel, Gregor Rutz et Thomas Matter ont assuré une coordination des efforts.

Reste à savoir quelle variante l’ASIN et l’UDC privilégieront ces prochains temps. Dans leurs communiqués, jamais ils ne mentionnent la clause guillotine qui lie les sept accords des «bilatérales I» signées en 1999. Si la Suisse résilie un seul accord, les six autres tombent automatiquement, ce qui mettrait un terme à la voie bilatérale du Conseil fédéral. Mais pour l’ASIN et l’UDC, tout cela n’est que de la théorie. Toutes deux sont persuadées que dans les faits, l’UE se verrait contrainte de renégocier l’accord sur la libre circulation.