Si le référendum contre le régime des délais aboutit, il faut s'attendre à voir réapparaître ces visuels où des fœtus côtoyaient des sacs poubelles. La campagne de 1500 affiches qui avait l'an dernier coûté 450 000 francs à l'association Aide suisse pour la mère et l'enfant (ASME) défendait l'initiative «Pour la protection de l'enfant à naître». Comme le dépliant distribué à 3,5 millions de ménages (600 000 francs) deux ans auparavant. A entendre ses adversaires, les moyens de l'ASME proviendraient de mouvements religieux fondamentalistes, comme le laissent penser la présence dans ses meetings de figures de telles organisations. Les noms de l'Opus Dei, de Christians for truth et de l'Alliance Pierres Vivantes, connus pour leur combat contre l'avortement, sont fréquemment rapportés.

«Compétence médicale»

«Nous n'avons aucun lien de ce type, rétorque Michel Hermenjat, responsable de la communication de l'ASME. Nous voulons préserver notre indépendance intellectuelle et idéologique. Sur 70 membres, notre comité central compte un tiers de gynécologues et 50% de médecins. C'est notre compétence médicale qui explique notre mobilisation contre l'avortement.» Ses fonds, l'association les devrait donc à des bailleurs particuliers qui n'offrent jamais plus de 10 000 francs. L'ASME revendique 90 000 sympathisants, auxquels elle envoie tous les deux à trois mois une lettre d'information assortie d'un formulaire de don. Pour chaque édition, les retours représenteraient 300 000 à 500 000 francs. «Tous les donateurs sont suisses, affirme Michel Hermenjat. Nous pensons qu'aucun d'entre eux ne masque un mouvement religieux ou idéologique, sinon nous les refuserions.» A entendre Dominik Müggler, comptable de l'ASME, ces subsides sont utilisés au fur et à mesure. «Aujourd'hui, nous n'avons même pas 200 000 francs en caisse. Les donateurs décident s'ils soutiennent l'aide directe aux mères en détresse ou l'action politique.»

«Raz de marée»

L'ASME ne lancera pas tout de suite sa campagne de communication. Elle compte d'abord mobiliser les associations (une quarantaine en Suisse romande, 100 à 200 en Suisse alémanique) et les partis politiques partageant ses positions, qui devront récolter les signatures nécessaires au référendum. «Nous sommes optimistes, affirme Michel Hermenjat. En allant trop loin, le parlement augmente notre audience. Nous prévoyons un raz de marée, plusieurs centaines de milliers de signatures. Avec à la clef des dons inhabituels qui financeront la campagne pour une votation qui est inéluctable.» L'association se dit certaine que les politiciens seront alors surpris par la position du peuple suisse, «nullement prêt à laisser tout aller».

Le coût de l'avortement pour la société pourrait être l'un des principaux arguments de cette campagne. L'association se vante de détenir deux études, l'une californienne, l'autre finlandaise, qui prouveraient que les coûts de la santé sont beaucoup plus élevés chez les femmes ayant avorté que chez les autres. Mais l'ASME juge prématuré de préciser les origines et les conditions de ces études. «Aussi fiables que les théories révisionnistes», raillent déjà ses détracteurs.