«Je l'ai acheté parce que j'aime l'art et l'architecture modernes. J'aurais vraiment trouvé dommage qu'il soit détruit.» Rolph Oberle, un entrepreneur allemand du Bade-Wurtemberg, a fait sensation lundi en début d'après-midi en levant le bras pour se porter acquéreur du lot n° 2579: le Monolithe de Morat. Dans une salle du Palais des congrès de Bienne, Wim Dieker, le commissaire-priseur qui dirigeait la vente aux enchères des objets d'Expo.02, avait d'abord fixé le prix de départ à 2,2 millions de francs. Un dixième de ce qu'a coûté le gigantesque cube métallique de 34 mètres de côté, conçu par l'architecte français Jean Nouvel. En l'absence d'acheteur, il a abaissé le prix à 400 000 francs. Un montant qui a fait réagir Rolph Oberle.

Pourtant, malgré le retentissant coup de marteau du commissaire-priseur, cette vente à l'encan est déjà remise en question. Propriétaire de l'édifice, Nüssli Special Events à Saint-Gall a été déçu par le résultat de cette enchère. L'entreprise générale aimerait éviter de céder le Monolithe à ce prix-là. «Dès demain, Expo.02, Nüssli et l'acheteur vont se rencontrer pour discuter de la vente, qui pour l'instant est sous réserve», précise Marcel Marti, porte-parole d'Expo.02. Rien n'est donc décidé. D'autant plus que la verrerie nidwaldienne d'Hergiswil est encore intéressée par son installation sur le lac des Quatre-Cantons. Robert Niederer, directeur de la verrerie, affirme avoir reçu hier l'assurance de Nüssli que le Monolithe irait au plus offrant et qu'il ne serait pas démonté avant mi-décembre. D'ici là, le sort du cube sera fixé. «Nous n'achèterons le Monolithe que si nous avons les autorisations nécessaires», avertit Robert Niederer. Des contacts ont déjà été pris avec les milieux écologistes pour éviter les oppositions.

Les ventes aux enchères ont également fait des heureux et provoqué des surprises. Ainsi, l'arteplage mobile du Jura (AMJ) ne sera pas sabordé. Il continuera à sillonner les eaux romandes. Le Montreux Jazz Festival l'a acheté. «Ce n'était pas prévu», raconte Nicola Di Pinto, responsable des infrastructures pour le festival. «Je suis venu pour acheter des poubelles et des ventilateurs, mais quand le commissaire-priseur a abaissé le prix du bateau, j'ai téléphoné à Claude Nobs, notre directeur, pour lui proposer de l'acheter. Ça s'est fait en deux minutes.» Fixées au départ à 1 million de francs, les enchères ont en fait démarré à 100 000 francs. Nicola Di Pinto aura finalement acquis l'AMJ, avec tout le matériel électronique, la hi-fi et l'éclairage, pour seulement 160 000 francs, plus 22,5% de taxes diverses. Neuf, il avait coûté 3,6 millions. «Pendant le festival, on pourra organiser des croisières sur le Léman en le transformant en restaurant et en salle de concert», imagine Nicola Di Pinto. La barge pourrait jeter l'ancre devant la Maison des congrès de Montreux.

Si le pavillon Blindekuh et le restaurant Nannini de Morat ont été liquidés respectivement pour 14 000 et 50 000 francs, d'autres lieux phares de l'Expo n'ont en revanche pas trouvé preneur. C'est le cas du Mondial, sur l'arteplage d'Yverdon-les-Bains; ou des catamarans solaires d'une capacité de 60 passagers. Proposés à 200 000 francs, les bateaux ont dû être retirés de la vente. Ces objets font partie du petit pour-cent qui n'a pas trouvé d'acquéreur. Car globalement cette vente aux enchères a été un succès. Plus de 30 000 articles, de l'ordinateur, à la chaise en passant par des vêtements, ont été vendus. Sur les deux journées qu'a duré cette braderie, 3200 personnes se sont déplacées. Des particuliers, mais surtout des entrepreneurs, restaurateurs et associations. «Le chiffre d'affaires des ventes s'élève à 1,3 million de francs, 900 000 si on enlève le Monolithe», annonce Marcel Marti.