déchets chimiques

L’assainissement de la décharge de Bonfol prendra plus de temps

Les 114 000 tonnes de déchets chimiques hautement toxiques enfouis dans une glaisière en Ajoie seront déterrées et incinérées d’ici au printemps 2016. La première moitié du travail a été réalisée avec succès, la seconde étape lancée au début du mois. La chimie bâloise paiera les 380 millions de l’opération

La mise en chantier de l’assainissement de la décharge chimique de Bonfol, en Ajoie, une glaisière dans laquelle une dizaine d’entreprises chimiques bâloises avaient entreposé, pêle-mêle, 114 000 tonnes de déchets entre 1961 et 1976, avait été chaotique, au début des années 2000. Les débats avaient été rudes sur l’opportunité d’assainir, la méthode à utiliser et les intérêts des uns et des autres.

La prise en charge intégrale du coût des travaux par la holding des firmes chimiques, à l’enseigne de bci-Betriebs AG, n’avait que partiellement calmé les ardeurs. Puis il y avait eu, en été 2010, un incident grave, juste après le lancement des travaux d’excavation des déchets: une explosion avait mis le chantier à l’arrêt pendant près d’une année.

Mais depuis l’été 2011, l’assainissement de la décharge va son bonhomme de chemin, sans plus susciter la polémique. «Le projet avance bien», se félicite Michael Fischer, directeur de bci. Il l’a répété mardi, sur place, lors du lancement de la seconde étape des travaux.

Pour assainir le site, la bci a construit une halle hermétique, dans laquelle des grappins télécommandés extraient les fûts et les emmènent dans des sas de conditionnement. Les déchets sont ensuite acheminés par train dans des usines d’incinération en Allemagne et en Belgique. La halle d’excavation ne recouvre que la moitié de la décharge. Entre 2010 et l’été 2013, 86 000 tonnes de déchets et de terre ont été extraites et traitées.

Faire coulisser la halle hermétique

Pour vider la seconde moitié de la décharge, il a fallu déplacer la halle, en la faisant coulisser sur une distance de 82 mètres. Une opération réussie durant l’été dernier. Pas évident de faire bouger une infrastructure de 3000 tonnes, de 150 mètres sur 122.

Depuis le 4 novembre, l’excavation a pu reprendre, au rythme de 800 tonnes par semaine. Sur place, on peut vérifier que la moitié des déchets ont bien disparu. Il subsiste un gros «trou» de 130 mètres sur 80, profond d’une dizaine de mètres. Il donne l’impression d’être «propre». Le terrain devra encore être minutieusement analysé pour qu’il ne reste rien des pollutions engendrées par la présence des déchets durant quatre décennies.

L’élimination de la seconde moitié de la décharge prendra deux ans et demi et devrait se terminer au printemps 2016. Il faut encore expurger 89 000 tonnes de déchets et de matériaux argileux contaminés. «Nous avons dû éliminer plus de matériau de l’encaissement que prévu, pour deux raisons, explique Michael Fischer. Tout d’abord, nous travaillons avec des pelles mécaniques télécommandées depuis l’explosion de juillet 2010. De ce fait, la séparation entre les déchets et le sol argileux est moins précise. Ensuite, les digues constituant les différents compartiments de la décharge n’ont pas pu être différenciées des déchets. Ces circonstances ont provoqué une hausse du tonnage des matériaux à excaver et à incinérer comme déchets spéciaux.» On est ainsi passé de 134 000 à 175 000 tonnes de matériaux et de déchets à éliminer.

Plus long et plus cher

Il faut ainsi un peu plus de temps que prévu pour terminer le travail, l’échéance passe de 2015 à 2016. Le coût est renchéri de 30 millions, de 350 à 380 millions de francs, entièrement pris en charge par la bci. «L’industrie chimique bâloise tient son engagement, donné en 2005, de supporter l’ensemble des coûts de cet assainissement définitif», précise-t-elle.

Une fois tous les déchets déterrés et incinérés et le terrain dépollué, la fouille sera remblayée et les installations démontées. La halle d’excavation sera recyclée, «sauf si quelqu’un en a l’utilité», s’amuse le responsable de la communication de la bci, Bernhard Scharvogel. Le site de quinze hectares sera reboisé avec des essences indigènes. La décharge chimique ne devrait plus être alors qu’un mauvais souvenir.

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