Après l’assemblée générale d’UBS à Bâle, l’assemblée des délégués du PLR à Berne promet d’être, le 24 avril prochain, un autre moment chaud de l’actualité politique et financière. Et la première ne restera peut-être pas sans effets sur la seconde. Si la surprise et l’indignation provoquées par Fulvio Pelli le 8 mars proposant une stratégie de l’argent propre (Weissgeldstrategie) avant d’en avoir informé les organes du parti sont retombées, les esprits ne se sont pas apaisés pour autant au sein du PLR. Le président du parti, qui s’était rallié de façon surprenante à la proposition défendue par Philipp Müller (AG) et Werner Messmer (TG), n’a guère élargi depuis lors le cercle des élus et des militants convaincus par cette solution. La stratégie de l’argent propre a mis les présidents des partis cantonaux sur les pattes de derrière, elle a rendu les Zurichois fous de rage et elle n’est soutenue que par une minorité au sein du groupe de travail désigné pour affiner les propositions du PLR pour l’avenir de la place financière.

La personnalité de ses auteurs ne contribue pas à la popularité de la stratégie de l’argent propre. Philipp Müller et Werner Messmer font partie (avec Filippo Leutenegger et Otto Ineichen) de la «bande des quatre» ou des «terroristes», selon l’expression d’un élu, qui s’emploient d’ordinaire à mettre des bâtons dans les roues du président du parti sur les sujets les plus divers. Ils n’en incarnent pas moins, en l’occurrence, l’un des courants historiques de la famille radicale, et ce serait une erreur de réduire leur fronde à une simple manœuvre d’appareil. On sent bien, derrière Philipp Müller et Werner Messmer, le poids de l’aile entrepreneuriale du PLR, même si ses représentants ne s’engagent pas tous aussi clairement.

On peut s’interroger sur les motivations de Fulvio Pelli, mais le président du PLR ne s’est sans doute pas rallié par hasard à la stratégie de l’argent propre, dont personne n’est capable de dire, à ce stade, ce qu’elle impliquerait exactement dans la pratique. Son objectif a-t-il été en tout premier lieu de sauvegarder l’unité du parti ou a-t-il vu plus loin? A-t-il flairé dans l’opinion publique l’existence d’un courant dont les élus et la nomenklatura du parti n’auraient pas encore totalement pris conscience, et anticipé, en quelque sorte, la démonstration apportée mercredi par les actionnaires d’UBS.

Il vaut la peine de se pencher sur les explications des partisans de la stratégie de l’argent propre à la lumière de l’assemblée de mercredi. Voulons-nous nous distancier oui ou non de l’aide active à la fraude fiscale? C’est la question que posait Werner Messmer dans la NZZ am Sonntag. «Je veux une réponse à cette question avant de discuter des détails», exigeait le président de la Société suisse des entrepreneurs, membre du comité de l’USAM et d’economiesuisse. «En discutant de cette question, le PLR a l’occasion de montrer à un large public que c’est à tort qu’on le considère comme le parti des brasseurs d’argent et le bras armé d’economiesuisse et de la place financière. La décision de l’assemblée des délégués montrera si notre parti sait de nouveau prendre le pouls du peuple et si nous sommes de nouveau en mesure d’attirer les électeurs.»

Question de confiance

Christian Wanner, président de la Conférence des directeurs cantonaux des finances, s’est exprimé le 13 avril dans une réunion avec des banquiers zurichois et tient apparemment à faire connaître sa position, puisque son allocution a été mise en ligne sur le site internet de la Conférence des gouvernements cantonaux. «Si l’économie veut des conditions-cadres libérales, elle doit obtenir la confiance de la majorité. Elle ne s’acquiert pas auprès des top managers mais des salariés avec un revenu moyen de 70 000 francs. Ces gens-là ne se laissent pas appâter avec la protection de la sphère privée et ne sont pas effrayés par la transparence et la stratégie de l’argent propre. Pour eux, c’est déjà une réalité, leur bulletin de salaire est communiqué automatiquement à l’autorité fiscale. Le résultat de la dernière votation sur le taux de conversion peut en partie être considéré comme un avertissement aux milieux de la finance», ajoute encore Christian Wanner.

L’intervention du ministre soleurois des Finances, justement, dans cette polémique, montre que celle-ci ne se limite pas aux provocations d’un quarteron de frondeurs. Les ministres des Finances, à quelque parti qu’ils appartiennent, sont d’abord soucieux d’assurer des rentrées fiscales, mais les conseillers d’Etat ne sont en général pas trop éloignés des préoccupations de la base.