blanchiment

L’assistante du financier genevois tenait un carnet

L’employée de la société de gestion de fortune, impliquée dans l’enquête franco-suisse visant un réseau de trafiquants et de blanchisseurs d’argent de la drogue, notait les opérations concernant les clients. Une vaste documentation a été saisie à Genève

Un petit cahier à spirale qui doit donner bien des soucis à certaines personnes. Selon nos informations, l’employée de la société financière genevoise, assistante directe du responsable impliqué dans l’enquête franco-suisse visant un réseau de blanchisseurs d’argent de la drogue, avait l’habitude d’y noter beaucoup de choses. Les noms des clients compris.

«Lorsqu’elle a eu l’imprudence de l’emporter en vacances avec elle, son patron lui a dit que c’était de la folie et qu’il serait un homme mort si ce carnet devait tomber entre de mauvaises mains», raconte une source. «Une manière de parler», explique aujourd’hui Me Josiane Stickel-Cicurel, l’avocate du prévenu principal.

L’assistante avait été interpellée mercredi dernier lors des perquisitions menées simultanément à son domicile, dans les locaux de la société et chez les deux frères, le premier étant administrateur ­délégué de ladite société et le second gestionnaire à la banque HSBC. Après deux jours de garde à vue, sa mise en détention n’a pas été demandée par le Ministère public en raison de son rôle secondaire d’exécutante.

Comme révélé dans notre édition de lundi, le principal suspect genevois, actuellement en détention provisoire, a évoqué les «dons communautaires» pour expliquer les importantes liquidités récoltées en France dont la contrepartie devait ensuite être débitée des comptes suisses gérés par la société en faveur de bénéficiaires encore flous.

Lors de son interrogatoire par le premier procureur Yves Bertossa, le prévenu a encore expliqué être entré dans ce système de compensation après avoir rencontré un ami d’enfance lors d’une soirée à Paris. Cet ami, lui aussi d’origine marocaine, aurait proposé cet arrangement pour rendre à la fois service aux clients français qui avaient besoin d’argent en toute discrétion et aux donateurs qui voulaient effectuer des virements à des personnes ou des institutions dans le besoin en Israël ou ailleurs.

Selon les éléments de l’enquête française, l’ami en question, un certain P., ne serait pas un chef d’orchestre de la philanthropie mondiale mais plutôt un gros bonnet du trafic de cannabis. Il a échappé, selon une source, à l’opération du 10 octobre dernier, baptisée «Virus», durant laquelle plus d’une centaine d’enquêteurs spécialisés dans les stupéfiants et la grande délinquance financière ont investi divers milieux de la ­région parisienne (LT du 11.10.2012). L’homme serait reparti au Maroc avant cette déferlante d’interpellations qui a touché des revendeurs, des blanchisseurs mais aussi des clients et bénéficiaires de remises d’argent en espèces.

Parmi ces clients, évadés fiscaux avec des comptes en Suisse, figuraient des chefs d’entreprise, un architecte, un galeriste d’art, d’autres professions libérales et la désormais célèbre élue écologiste Florence Lamblin, adjointe au maire du XIIIe arrondissement de Paris contrainte de se retirer de ses fonctions en raison du scandale.

Le frère de l’administrateur ­délégué, gestionnaire chez HSBC, également détenu à Champ-Dollon, prévenu de blanchiment par métier et en bande, d’infraction à la loi sur les stupéfiants et de faux dans les titres pour avoir trempé dans ces montages destinés à camoufler l’origine des fonds, a reçu lundi la visite de son avocat.

Me Maurice Harari précise que son client, qui conteste tout lien avec un trafic de drogue, n’a par ailleurs «jamais entendu parler de Florence Lamblin auparavant». «Ce n’était pas une cliente à lui», ajoute le défenseur. Me Harari entend demander au Ministère public de procéder, à bref délai, à l’audition détaillée du gestionnaire «afin d’accélérer l’instruction et permettre à ce dernier d’expliquer son rôle et de retrouver au plus vite sa famille».

Une fratrie malmenée puisqu’un troisième frère ainsi qu’une sœur (libérée depuis lors) ont été arrêtés à Paris. Ce frère est soupçonné d’avoir tenu le rôle de «collecteur en chef» des fonds issus de la vente de cannabis qui étaient soit renvoyés par camion au Maroc, soit livrés dans des sacs aux «cols blancs» de la capitale. «Le dossier contient effectivement des photos où l’on voit des remises de sacs mais on ne sait pas ce qu’il y a dedans», note Me Harari.

L’enquête se poursuit à Genève pour décortiquer le cheminement de l’argent alors que les policiers français parlent de sommes atteignant 40 millions d’euros. Beaucoup d’explications devront encore être données par les membres présumés du réseau, les financiers et les clients brutalement démasqués par l’affaire.

Un gros bonnet du trafic aurait échappéà l’opération «Virus» déclenchée parla police française

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