Immobilier

La LAT met la pression sur les propriétaires de terrain

Acceptée par le peuple en mars dernier, la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire vise à réduire les zones à bâtir là où elles sont surdimensionnées, c’est-à-dire dans certaines régions périphériques. Vaud, Fribourg et le Valais sont spécialement concernés. Mais pas de sauve-qui-peut chez les propriétaires fonciers car, pour vendre, il faut un acheteur et les professionnels de l’immobilier sont prudents

«Certains propriétaires veulent se débarrasser de leurs terrains à bâtir. J’ai au moins deux ou trois propositions par semaine, alors qu’auparavant c’était plutôt moi qui devais être proactif.» Directeur de Label Maison, une petite entreprise générale de construction active dans les cantons de Fribourg et de Vaud, Jean-Paul Bugnon met ce retournement de situation sur le compte de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire (LAT).

Les effets de cette nouvelle loi, acceptée en votation populaire en mars dernier, commencent à se faire sentir dans certaines régions. Pas dans les centres urbains et agglomérations où le terrain est rare et reste très recherché par les professionnels de l’immobilier, mais là où les zones à bâtir sont surdimensionnées par rapport aux besoins. Ce sont d’ailleurs elles qui sont visées. La nouvelle loi entend les réduire afin de freiner le mitage du territoire et de favoriser la densification. Elle entrera en vigueur au printemps 2014, et les communes auront cinq ans pour la mettre en œuvre.

Durant la campagne, les opposants à la LAT ont calculé que 18 000 hectares pourraient être déclassés dans toute la Suisse. Les cantons de Vaud, Fribourg et du Valais sont plus spécialement concernés. Alors, début du sauve-qui-peut, comme le laisse supposer l’expérience de Jean-Paul Bugnon? Pas vraiment: car, pour vendre, il faut un acheteur. Et la prudence est de mise.

«Je m’attendais à ce qu’il y ait plus de mouvements, note Thomas Geiser, de l’agence de Rahm. Mais je crois qu’entre la LAT, la Lex Weber, les restrictions d’octroi de crédits et les hausses annoncées des taux hypothécaires, autant les propriétaires que les futurs acquéreurs ne savent plus où ils en sont. Attendre pour voir est une réaction typiquement helvétique.» Cette période d’incertitude freine également la politique d’acquisition des agences immobilières. «Pour toutes les raisons que j’ai évoquées, nous sommes actuellement très prudents avant de nous engager dans une promotion. Surtout que les propriétaires ont encore de la peine à comprendre qu’ils doivent baisser leurs prix», ajoute Thomas Geiser.

Jean-Paul Bugnon, dont la plupart des propositions qu’il reçoit en ce moment sont situées dans des villages périphériques, affiche la même prudence. «Il est logique de vouloir densifier, et les gens en sont de plus en plus conscients. Si bien que je ne fais plus aucune acquisition de terrain si je n’ai pas un acheteur prêt à bâtir et qui pourra réellement le faire», avoue-t-il.

Un flot de questions, beaucoup d’incertitude, des difficultés pour expertiser la valeur de certains terrains: telle est l’expérience de Roland Savary, de l’agence du même nom à Oron-la-Ville (VD). Lequel prédit nombre de situations difficiles, «notamment lorsqu’il y a plusieurs propriétaires de parcelles situées sur une même zone à bâtir», explique-t-il. Si l’un d’eux habite juste à côté de sa parcelle, il préfère peut-être garder une vue dégagée qu’avoir des vis-à-vis, quitte à bloquer les autres. Jean-Paul Bugnon est justement dans ce cas-là. Propriétaire d’une parcelle à Châtonnaye (FR), il souhaiterait construire car, selon lui, la zone à bâtir sur laquelle elle se situe pourrait être déclassée. «Je vais probablement perdre ce terrain car les autres propriétaires n’ont pas le même intérêt que moi à construire.»

La situation est nettement plus complexe en Valais, où la LAT est un second coup de marteau sur la tête des propriétaires fonciers et des professionnels de l’immobilier, après l’acceptation de l’initiative Weber, qui limite la construction de résidences secondaires. «En Valais, tout le monde cherche à vendre du terrain mais personne ne veut en acheter, sauf en plaine évidemment», résume Bernard Micheloud, agent immobilier à Sion. A Arbaz par exemple, 20 000 mètres carrés de terrain à bâtir, en plusieurs parcelles, cherchent un acquéreur. «Ces terrains risquent d’être déclassés en raison de la LAT, explique Jean-Claude Torrent, responsable du cadastre de la commune. Mais les vendre aujourd’hui s’avère très difficile. Ils ne peuvent pas être utilisés pour des résidences secondaires car la commune est déjà au-dessus des 20% autorisés, et ce n’est pas facile de trouver un acquéreur pour construire une résidence principale ici.»

Chez Schmidt Expert immobilier, Grégoire Schmidt est énormément sollicité pour acquérir ce type de terrains. «Mais c’est actuellement beaucoup trop risqué.» L’agent immobilier sent qu’une demande d’achat qu’il va bientôt publier intéressera beaucoup de monde: un de ses clients cherche une parcelle en montagne pour y construire une résidence principale. «Je m’attends à une avalanche de propositions», déclare-t-il.

«Ce n’est pas facile de trouver un acquéreur pour construire ici»

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