Ils ont été des millions à devoir quitter leur pays d'Amérique latine en raison de leurs engagements politiques. Seuls quelques milliers d'entre eux se sont établis à Genève et en Suisse, à partir des années 70, avec l'espoir de participer à la construction d'une société plus démocratique. Aussi, comme Rodrigo Diaz, responsable de la librairie et centre culturel L'Albatros, ils veulent croire qu'il sortira enfin des urnes «un droit de s'investir dans la vie politique de la commune où ils se sont fixés définitivement, où leurs enfants sont nés et suivent leur scolarité».

La politique avait été à la source d'une division au sein de cette population, entre anciens et nouveaux arrivants. De par les causes de leur exil, les premiers avaient été surnommés «l'intelligentsia» par les seconds, qui ont immigré vers la fin des années 80. Aujourd'hui, cette barrière élitiste a disparu, sans pour autant rapprocher les différentes communautés. «Ils sont Equatoriens, Colombiens ou Argentins avant d'être Latino-Américains», précise Eric Dewin. Ce Suisse, qui a épousé une femme de la République dominicaine, tente au travers de l'association Contacto-Latino d'apporter de l'homogénéité à l'ensemble des communautés qui totalisent plus de 7600 personnes. L'association qu'Eric Dewin préside cherche aussi à faire reconnaître la culture et la société latino-américaines en organisant des animations et des espaces de rencontre.

Si les différences freinent le rapprochement, la solidarité agit comme un aimant. «Quand il s'agit de récolter de l'argent en faveur des victimes d'un tremblement de terre ou d'un projet d'école, toutes les communautés répondent présent», apprécie Rodrigo Diaz. Pour ce Péruvien, la compassion «vient peut-être d'un sentiment de culpabilité envers le pays. Tout le monde a de la famille là-bas.»