Ministère public 

L’atmosphère devient lourde pour Michael Lauber

Sous le feu de la critique pour de discrets entretiens avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, le procureur général de la Confédération fait désormais l’objet d’une enquête préliminaire. Son poste pourrait être en jeu

L’étau se resserre autour du procureur général de la Confédération, Michael Lauber. Sous pression en raison de plusieurs entretiens secrets avec le président de la FIFA, Gianni Infantino – dont la fédération est impliquée dans 25 enquêtes pénales du Ministère public de la Confédération (MPC) –, le président de l’Autorité de surveillance du MPC, Hanspeter Uster, a annoncé ce jeudi l’ouverture d’une enquête préliminaire à son encontre. Cette investigation, qui devrait aboutir début mai, pourrait déboucher sur une procédure disciplinaire. Elle pourrait surtout barrer la route à la réélection du Bernois prévue en juin pour la période 2020-2023. Sa carrière est en péril.

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La mémoire courte

Les ennuis de Michael Lauber commencent en novembre 2018. Les Football Leaks – la fuite de millions de documents confidentiels concernant le monde du football – mettent en lumière deux rencontres discrètes entre le procureur et Gianni Infantino, début 2016. La première à l’hôtel Schweizerhof à Berne, la deuxième dans un restaurant de la gare de Zurich. Sous le feu de la critique, Michael Lauber explique que ces entrevues étaient «nécessaires à la compréhension générale des enquêtes dans le domaine du football ainsi que pour clarifier la position de la FIFA en tant que plaignant et partie lésée». Le problème: il n’en existe aucun procès-verbal. Le procureur général assure toutefois n’avoir rien à cacher, ajoute qu’il est parfois nécessaire de prendre des «risques juridiques» et conclut: «Nous sommes en train d’établir une politique à l’interne.» Circulez.

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Mais l’affaire rebondit le 10 avril 2019, en Valais, où travaille l’homme à l’origine des deux rendez-vous controversés: Rinaldo Arnold, procureur du Haut-Valais. Une enquête pour acceptation d’avantages sur ce proche de l’homme fort du football mondial révèle qu’une troisième rencontre a eu lieu entre le président de la FIFA et Michael Lauber en juin 2017.

Le hic: ce dernier avait auparavant assuré à l’organe de surveillance du MPC qu’il n’y en avait eu que deux. Interrogés dans le cadre de cette enquête, les protagonistes disent «ne pas se rappeler» cette dernière rencontre. Le MPC reconnaît toutefois dans ce même rapport que cette troisième rencontre «aurait eu lieu». Une conversation SMS caviardée laisse peu de place au doute. En plus d’être soupçonné d’avoir voulu cacher les entretiens avec Gianni Infantino, Michael Lauber se voit désormais reprocher d’avoir menti.

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Une réélection menacée

Si l’enquête préliminaire reconnaît des fautes de la part du procureur général, ce dernier s’expose à «un avertissement, un blâme ou une retenue de salaire», a indiqué ce jeudi Hanspeter Uster. Mais c’est avant tout sa position qui est en jeu. En poste depuis 2011, son deuxième mandat arrive en effet prochainement à terme et il devra convaincre pour rester en place. C’est la Commission judiciaire du parlement qui aura pour tâche mi-mai de recommander – ou non – sa réélection. Or pour son président, Jean-Paul Gschwind (PDC/JU), «ça devient compliqué» pour Michael Lauber: «ll y a deux mois, tout semblait être en ordre, dit le Jurassien. On avait même donné plus ou moins le feu vert. Mais c’est cette troisième rencontre qui a tout changé.»

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Egalement membre de la Commission judiciaire, le conseiller aux Etats Didier Berberat (PS/NE) partage son avis. «Cette troisième entrevue donne l’impression qu’il cache quelque chose, dit le Neuchâtelois. Et ça, c’est embêtant.» Le socialiste rappelle par ailleurs que le procureur a d’autres casseroles, notamment sa gestion du personnel. Remercié de manière retentissante par Michael Lauber en novembre dernier pour des accusations en rapport avec la FIFA, l’ancien chef de la division criminalité économique du MPC, Olivier Thormann, a depuis été blanchi de tout soupçon et élu comme juge à la Cour d’appel du Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

«Il ne se laissera pas faire comme ça»

Si Didier Berberat espère que Michael Lauber ne sera pas sanctionné sans autre forme de procès par une non-réélection, il admet qu’un rapport accablant serait problématique pour lui confier un troisième mandat. Celui-ci dépendra des résultats du rapport que rendra l’Autorité de surveillance du MPC, dont le président s’est plaint qu’elle était «sous-dotée pour ce genre de travail». «D’après mes informations», prévient toutefois Jean-Paul Gschwind – et quelles que soient les conclusions de l’enquête – «Michael Lauber ne va pas se laisser faire comme ça».

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