Le nombre d'actes délictueux commis en Suisse a augmenté de 7,75% en 1997, ce qui constitue la plus forte hausse de ces dix dernières années. Au total, l'Office fédéral de la police (OFP), qui a publié ses statistiques annuelles vendredi, a recensé 337 676 délits de tous ordres. Il a constaté une progression particulièrement élevée du nombre de crimes sexuels et d'infractions contre le patrimoine. Ce sont cependant les vols qui représentent le plus gros morceau – 92% – des actes criminels.

«Nos résultats n'atteignent pas le niveau record de 1991 et 1992. Ils ont cependant un effet négatif sur le sentiment de sécurité de la population. Cela doit donc nous inquiéter, même si la Suisse reste l'un des pays les plus sûrs en comparaison internationale», commente le directeur de l'OFP Anton Widmer.

En provenance des pays

de l'Est

Comment cet accroissement de la criminalité s'explique-t-il? Le patron de l'OFP avance deux raisons. «La mauvaise situation conjoncturelle, l'insécurité du marché du travail ont une influence sur la hausse de la délinquance», analyse-t-il. Le second motif, toujours selon l'OFP est lié à l'immigration.

Les statistiques publiées hier montrent que, pour la première fois, la proportion d'infractions commises par des étrangers dépasse 50% (51,5% exactement), un chiffre sensiblement plus élevé que le taux de la population étrangère établie en Suisse (19,4%). Elle grimpe à près de 78% pour les affaires de blanchiment d'argent. Et, selon la statistique, 70% des viols dénoncés l'an dernier sont commis par des ressortissants d'autres pays.

Quatre délinquants étrangers sur cinq identifiés sont domiciliés en Suisse. «Beaucoup de ces personnes proviennent de l'ancien bloc de l'Est. Certains sont des touristes, d'autres travaillent pour des bandes organisées professionnelles, d'autres encore abusent de leur statut de requérant d'asile. Il s'agit souvent de personnes jeunes issues de milieux défavorisés, et ils constituent assurément le groupe de délinquants le plus actif», diagnostique le chef de l'office de la police.

Moins d'overdoses

Les chiffres publiés vendredi indiquent par ailleurs une progression très légère des affaires de drogue, mais le nombre de décès découlant directement d'une surconsommation de stupéfiants a reculé de 312 en 1996 à 241 en 1997. Ces chiffres n'incluent toutefois pas les toxicomanes qui meurent du sida ou de l'hépatite. Le prix des substances illicites n'a que peu varié: l'an dernier, le gramme d'héroïne se négociait entre 30 et 200 francs, contre 40 à 250 francs l'année précédente. Pour la cocaïne, le prix est resté stable, se situant entre 80 et 250 francs.

Ce qui est en revanche nouveau, c'est le fait que les dealers diversifient leur offre: un même trafiquant vend désormais aussi bien de l'héroïne que de la cocaïne. Toutefois, comme par le passé, la première reste principalement acheminée par voie terrestre via les Balkans, alors que la seconde arrive plutôt par l'aéroport de Zurich-Kloten.

C'est d'ailleurs là que la police a confisqué la majeure partie des 350 kilos de cocaïne qu'elle a saisis en 1997. On notera encore que la culture du chanvre a pris des proportions industrielles. Plus de 7,2 tonnes de cannabis et plus de 300 000 plants ont été détruits l'an dernier, contre seulement 4,2 tonnes et 32 000 plants en 1996! Quant à l'ecstasy, il est également en hausse, mais de manière moins spectaculaire.

L'Office fédéral de la police a encore observé une explosion des falsifications de coupures suisses. Des faux billets et fausses pièces d'une «valeur» de 25,6 millions ont été saisis. Trois grosses affaires ont été déjouées. La première, qui portait sur 13,3 millions, a eu pour théâtre les cantons de Thurgovie et d'Argovie. La seconde s'est déroulée sur sol vaudois: trois Suisses et un Français ont été appréhendés après avoir fabriqué pour 6 millions de faux billets destinés à régler des dettes de jeu.

Enfin, à Zurich, la police a saisi pour 4 millions de fausses coupures. On note également une hausse des faux dollars et des faux marks allemands.