Mouvement citoyen

Laura Zimmermann, la nouvelle égérie d’Opération Libero

Elle est fonceuse, hyperactive et intrépide, cette jeune Bernoise de 26 ans qui combat tous ceux qui veulent transformer la Suisse en «musée à ciel ouvert»

Deux combats intenses, deux victoires éclatantes, deux femmes flamboyantes. En deux ans, Opération Libero a révélé deux personnalités qui ont parfois éclipsé les acteurs politiques. Après Flavia Kleiner lors de la votation sur l’initiative de mise en œuvre à propos des délinquants étrangers, voici sa «sœur jumelle», la deuxième coprésidente du mouvement: Laura Zimmermann, omniprésente durant la campagne de votation sur l’initiative «No Billag». Cette assistante scientifique à l’Université de Zurich de 26 ans a été invitée sur le plateau de l’émission politique Arena, a participé à une vingtaine de débats publics et a déjà croisé le fer avec Roger Köppel et Christoph Blocher.

Elle est née aux portes de l’Emmental, à Konolfingen, fille d’un père PLR membre de l’exécutif communal et d’une mère jardinière d’enfants. A la maison, on discute forcément beaucoup de politique, notamment lors de la campagne de votation de l’initiative de l’UDC contre la construction de minarets en 2009. Un éveil politique: «Pour la première fois, j’ai été en colère contre une politique faite sur le dos des immigrés et j’ai craint que mon père soit séduit par le narratif de l’UDC. Mais à la fin, il a voté non», raconte-t-elle. En vain: l’initiative, elle, a été acceptée.

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Le choc du 9 février 2014

Cinq ans plus tard, nouvelle initiative de l’UDC, «contre l’immigration de masse» cette fois-ci, et nouveau choc. «Toutes mes valeurs libérales ont été remises en question, notamment la libre circulation des personnes et le programme d’échange universitaire Erasmus.» Laura Zimmermann préfère changer d’air et partir huit mois en France, avant de revenir en Suisse et d’adhérer à Opération Libero. Ce mouvement citoyen marque le sursaut des 49,7% de gens qui ont voté non le 9 février 2014. Il affirme des valeurs libérales tout en jouant sur une métaphore sportive. En football, le libero est le dernier défenseur, celui qui tacle rugueusement l’attaquant adverse avant de lancer la contre-attaque.

Opération Libero a mobilisé des gens qui ne sont pas tous déjà actifs politiquement, ce qui est précieux lorsqu’on sait que le plus grand parti de Suisse est celui des abstentionnistes

Laura Zimmermann, géographe politique

Laura Zimmermann ne joue pas au foot, mais n’en est pas moins une sportive – elle fait de la course à pied et du ski notamment – habitée par un certain esprit de compétition. Et lorsque Opération Libero décide d’entrer en campagne, comme ce fut le cas à la mi-novembre sur «No Billag», la contre-attaque peut être fulgurante: deux semaines pour mettre au point la campagne, à peine plus pour la financer grâce à une action de crowdfunding qui rapporte très vite 500 000 francs. Son slogan fait mouche: «Non au dynamitage de la démocratie». «Tout le monde a parlé de la SSR dans ce débat. Mais c’est bien le rôle des médias dans une démocratie qui était en jeu», souligne-t-elle.

Les partis traditionnels ne sont pas mécontents de cet appui aussi providentiel qu’inattendu. «Opération Libero a mobilisé des gens qui ne sont pas tous déjà actifs politiquement, ce qui est précieux lorsqu’on sait que le plus grand parti de Suisse est celui des abstentionnistes», remarque la secrétaire générale du PDC, Béatrice Wertli. A sa tête, une femme de tête, justement. «Laura Zimmermann est un talent politique, elle est dotée d’une grande force de conviction. Dans un débat, elle fonce sans craindre le combat rapproché, tout en sachant se plonger dans les détails d’un dossier», admire le géographe politique Michael Hermann.

Courage et intrépidité

Fonceuse et hyperactive, Laura Zimmermann incarne le courage citoyen et même l’intrépidité que les partis traditionnels ont perdue à l’heure de combattre ceux qui veulent «faire de la Suisse un musée en plein air au lieu d’en faire une terre d’opportunités». «Nous n’avons pas besoin d’être réélus, nous sommes plus libres que les partis», explique-t-elle. Des partis qu’elle dit pourtant respecter: elle apprécie les forces «progressistes» qu’elle note dans chaque parti, comme Kurt Fluri au PLR, Rosmarie Quadranti et Martin Landolt au PBD, Tiana Angelina Moser et Kathrin Bertschy chez les Vert’libéraux, de même que Tim Guldimann au PS.

Le mouvement couvre une large part de l’échiquier politique, n’en déplaise à ceux qui veulent voir dans Opération Libero tantôt «le bras armé de Simonetta Sommaruga» lorsqu’il approuve sa révision de l’asile, tantôt des «monstres néolibéraux». «Nous défendons un libéralisme économique et sociétal tout en reconnaissant à l’Etat le rôle de fixer les conditions-cadres.» En matière de politique européenne, le mouvement veut développer la voie bilatérale. «L’Europe, c’est ma patrie», affirme la jeune femme, avant d’ajouter: «Nous avons une responsabilité vis-à-vis de l’UE, avec laquelle nous partageons ces valeurs que sont les droits humains, l’Etat de droit et la démocratie.»

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La victoire en rose-violet

En politique, la victoire se décline désormais en rose-violet, la couleur fétiche d’Opération Libero. Comme celle souvent affichée du féminisme? «Non, cela n’a pas de rapport direct. Nous avons choisi une couleur qui n’était pas associée à un parti, et qui pour moi est synonyme d’insolence», précise Laura Zimmermann. «De toute façon, nous sommes tous féministes à Opération Libero, les hommes comme les femmes.» Un féminisme décomplexé: «Personnellement, je suis opposée aux quotas pour les femmes.» Même si elle reconnaît que la Suisse a beaucoup de retard sur le plan de l’égalité des genres.

Après la victoire, pas question pour Laura Zimmermann de se reposer sur ses lauriers. Son mouvement se prépare à la prochaine bataille à livrer, la votation sur l’initiative de l’UDC pour la primauté du droit suisse face aux «juges étrangers». «Nous espérons un non encore plus fort que celui sur «No Billag», annonce-t-elle.

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