On attendait Damien Cottier, 32 ans, ancienne étoile montante du Parti radical neuchâtelois. C'est finalement Laurent Favre, 35 ans, qui a profité de l'élection de Didier Burkhalter au Conseil des Etats pour être élu au Conseil national, où il fait ses grands débuts ce lundi.

Premier des viennent-ensuite, le directeur de la Chambre cantonale d'agriculture et de viticulture (CNAV) a devancé le responsable de projets chez Economiesuisse de 300 voix et l'actuel président du parti cantonal Raphaël Comte, 28 ans, de près de 1500 suffrages.

«Le radis des champs au côté des radis des villes»

Autoproclamé «radis des champs au côté des radis des villes», Laurent Favre a construit son succès dans les campagnes. «On sous-estime souvent l'impact de la ruralité, surtout dans un canton urbain comme Neuchâtel, souligne-t-il. Si seulement 4% de la population travaille dans l'agriculture, on avoisine les 10% en prenant en compte les gens concernés de manière indirecte. Dans une élection, ce n'est pas négligeable.»

Flanqué de son costume-cravate impeccable, le radical du Val-de-Travers reprend à Berne le flambeau de porte-parole du secteur primaire abandonné en 2005 par le Vert Fernand Cuche. La continuité s'arrête là.

«Lorsqu'il était parlementaire fédéral, il a su promouvoir une agriculture de qualité et de proximité. Mais l'idéalisme dont il fait preuve depuis son élection au Conseil d'Etat me déçoit beaucoup. Pour sauver le grand tétras, il veut barricader l'espace. C'est du dogmatisme. Les agriculteurs craignent de ne plus pouvoir faire leur travail correctement.»

Un lien très fort avec le terroir

Lui-même fils de paysan, Laurent Favre entretient un lien très fort avec le terroir. Après avoir enchaîné des CFC d'agriculteur et d'employé de commerce, il a étudié l'agronomie à Berne, Munich et Hambourg.

Ce profil atypique lui a permis d'être nommé à la tête de la CNAV en novembre 2000. Cette opportunité l'a éloigné de la ferme familiale qu'il était censé reprendre suite au décès prématuré de son père. «Ce fut un choix de vie difficile», confie-t-il pudiquement.

Réserve, retenue. Les mots reviennent souvent lorsque l'on décrit le monde agricole. Laurent Favre ne fait rien pour contredire le cliché. Dans un premier temps, il observe et économise ses mots pour aller à l'essentiel. Une fois en confiance, le taiseux se déride. Par effet de contraste, il paraît presque volubile.

Une expérience politique plutôt limitée

En politique, le directeur de la CNAV est encore en phase exploratoire. Son expérience est limitée, avec des élections en 2004 au conseil général (parlement) de Fleurier puis en 2005 au Grand Conseil. Sera-ce suffisant pour exister sous la coupole fédérale?

«Vu sous cet angle, on peut se poser la question, admet-il. Mais je siège depuis 2001 dans plusieurs commissions consultatives cantonales. Je connais bien le jeu politique. J'ai un bagage à compléter, mais je ne suis pas inquiet. J'ai mon franc-parler. J'ai toujours su me faire entendre.»

Le contexte n'est pas favorable. Laurent Favre arrive au sein d'un groupe radical fragilisé par la perte de sept sièges (cinq au National et deux aux Etats). Comme Didier Burkhalter, il voit l'avenir de son parti au sein d'un troisième bloc situé entre la gauche et l'UDC. «Les extrêmes sont mauvais conseillers, estime-t-il. La Suisse a besoin de compromis et de concordance.» Par respect pour cette dernière, justement, le nouvel élu radical votera pour Christoph Blocher lors de l'élection du Conseil fédéral, le 12 décembre.

«Je le ferai avec quelques états d'âme, note-t-il après avoir hésité sur la formulation à adopter. Je ne partage pas du tout le discours de l'UDC sur les étrangers. Mais au vu de ce que ce parti représente au sein de l'électorat, il a droit à deux sièges au Conseil fédéral.»

Le modèle Delamuraz

Inspiré par Jean-Pascal Delamuraz, Laurent Favre prône un radicalisme «de centre droit, pragmatique et ouvert sur le monde». Pour prendre des références neuchâteloises, il se positionne entre «l'aile gauche» incarnée par l'ancien conseiller d'Etat Thierry Béguin et «l'aile économique» de l'ancien conseiller national Claude Frey.

Pour ses détracteurs, ce pragmatisme revendiqué rime parfois avec opportunisme. Ainsi, son soutien tardif au projet de fusion des onze communes du Val-de-Travers a fait couler beaucoup de salive des deux côtés de l'Areuse. «Le projet était mal ficelé, en particulier ses éléments techniques, se défend le Fleurisan. Après réflexion, j'ai adhéré à l'idée.»

Afin de pouvoir siéger à Berne, Laurent Favre a réduit son temps de travail à la CNAV. Il a également abandonné son mandat de député au Grand Conseil. «Au total, je devrais maintenir mon taux d'activité aux alentours des 130%. Avec les déplacements, cela pourrait être un peu plus.»

Les réticences de son amie

Seul bémol à son plaisir de se lancer «dans le bain confédéral»: son amie ne goûte «que très modérément» la perspective de le voir encore moins que c'est le cas aujourd'hui.

«Pourtant, elle a voté pour moi, s'amuse le Vallonnier. Comme beaucoup d'autres, elle n'imaginait pas que je puisse être élu.»