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Laurent Kurth estime que l'absence du budget fait entrer le canton de Neuchâtel «en terres inconnues»
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT / Keystone

Neuchâtel 

Laurent Kurth: «L’absence de budget nous plonge dans une situation grave»

Le canton de Neuchâtel se retrouve sans budget. Face à cette situation inédite, le Conseil d’Etat cherche à éviter qu’une crise institutionnelle et sociale ne s’ajoute à la crise financière. Explications de Laurent Kurth, ministre des Finances

La menace qui planait est devenue réalité dans la nuit de mardi à mercredi au Grand Conseil neuchâtelois. Après de longues heures de débats, le budget déficitaire de 50 millions de francs n’a pas réuni la majorité qualifiée nécessaire. Les groupes PLR, UDC, vert’libéral l’ont majoritairement refusé. Avant le vote, le conseiller d’Etat Laurent Kurth, chargé des Finances, avait vainement averti le plénum: «Sans budget, nous ajouterions une crise institutionnelle et sociale à une crise financière déjà existante.»

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Le Temps: A la suite de ce refus, le Conseil d’Etat va-t-il soumettre un nouveau budget?

Laurent Kurth: Non, nous ne représenterons pas de budget au début de l’année 2018. Il y a trois mois, nous avions soumis la copie du Conseil d’Etat à la Commission des finances. Ce laps de temps n’aura pas suffi aux parlementaires pour se mettre d’accord. Une nouvelle proposition n’aurait pas de chance de faire mieux. Néanmoins, le Grand Conseil a encore la possibilité de rendre une nouvelle décision.

On entre dans l’année 2018 sans budget. Comment l’Etat agira-t-il sans cadre financier?

Le Conseil d’Etat a défini mercredi le cadre dans lequel il pourra mener son action pour les trois prochains mois. L’Etat n’engagera que les dépenses absolument nécessaires. Il ne soutiendra pas de nouveaux projets et ne recrutera pas de nouveaux collaborateurs. Les organisations subventionnées, ainsi que les communes, devront aussi participer aux efforts. Les domaines qui risquent d’être le plus touchés sont ceux qui sont financés par projet, comme dans la culture. En trois mois, nous aurons le temps d’évaluer et de réajuster ces mesures si nécessaire.

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Ce refus est-il un nouveau désaveu du Conseil d’Etat?

Non, c’est l’expression d’une frustration et d’une impatience au sein du parlement, plutôt que la marque d’un réel désaveu. Même le PLR – qui a refusé de voter un budget dérogeant au frein à l’endettement – a réitéré sa confiance dans le gouvernement. N’oublions pas que les exercices 2016 et 2017 ont été difficiles, et qu’alors, le budget avait déjà été accepté de justesse. Cela ne nous plonge pas moins dans une situation grave: le parlement, principale autorité du canton, a décidé de démissionner de sa tâche. Pour le Conseil d’Etat, l’exigence est aussi forte. Il devra jouer un double rôle: agir en appliquant son programme tout en résolvant le conflit budgétaire.

Cela met-il en péril des projets d’envergure du canton?

En effet, Neuchâtel ne sortira pas renforcé d’un tel processus. Pourquoi nos interlocuteurs, notamment économiques, continueraient-ils de nous faire confiance, alors que notre parlement ne nous suit pas? Néanmoins, nous souhaitons montrer que le Conseil d’Etat a encore des moyens d’action importants. Nous mettrons tout en œuvre pour que ce refus de budget ne péjore pas des projets d’envergure, comme la ligne directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds [le Conseil fédéral doit transmettre sa demande de crédits ferroviaires au parlement en 2018]. Sinon, quinze ans de travaux partiraient à la poubelle!


Le train de vie du canton en question – ATS/LT

Le canton de Neuchâtel a des dépenses trop élevées en regard de son bassin de population. Pour retrouver les chiffres noirs, il doit mener des réformes structurelles permettant de réduire son train de vie, selon Bernard Dafflon, professeur émérite de finances publiques à l’Université de Fribourg, dans une interview accordée à La Liberté.

Neuchâtel a des coûts par habitant plus élevés qu’ailleurs, notamment dans la santé et l’éducation. Ce n’est pas parce que ce canton est un mauvais gestionnaire, mais parce que ses coûts fixes se répartissent sur une population plus faible, poursuit l’expert. Dans le domaine hospitalier: les fonctions de l’Hôpital neuchâtelois sont comparables à celles du Réseau hospitalier fribourgeois. Or, la population cantonale est bien moindre (180 000 habitants contre 300 000).

Du côté des recettes, Neuchâtel subit les effets des baisses fiscales accordées aux entreprises il y a une décennie, poursuit le professeur. Celles-ci n’ont pas réussi à faire venir les entreprises qu’elles étaient censées attirer.

La proposition du PS fâche le PLR

Dans l’immédiat, les partis politiques continuent de s’affronter. Le Parti socialiste propose d’augmenter le seuil à partir duquel un déficit budgétaire nécessite de récolter une majorité qualifiée au parlement cantonal. Ce seuil passerait de 1 à 3% des revenus, ce qui permettrait de faire passer le budget 2018 par une majorité simple. Cette modification urgente de la loi sur les finances de l’Etat et des communes pourrait être votée lors de la session de janvier.

Le Parti libéral-radical prend acte de la volonté du PS de «modifier la législation à sa convenance, lorsque le résultat d’un vote du Grand Conseil ne lui convient pas. Il ne peut être question de cautionner cette façon de faire, qui bafoue le processus démocratique et ouvre la porte à toutes sortes de dérapages.»

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