Beaucoup ne lui pardonnent pas d’avoir «abandonné l’hôpital de La Chaux-de-Fonds», comme on l’a entendu en coulisses. Parmi les 900 personnes qui se sont déplacées à la Salle de musique de la cité horlogère, Laurent Kurth n’avait pas beaucoup de supporters. Hué après avoir dit son attachement à sa ville, le ministre de la Santé ne s’est pas démonté. Il a répondu point par point aux nombreuses questions et remarques qui lui étaient adressées suite à la décision du Conseil d’Etat de geler la rénovation du site chaux-de-fonnier d’Hôpital neuchâtelois (HNE). S’il n’a pas convaincu grand monde sur le fond, le socialiste a démontré avec clarté que le Neuchâtel n’avait plus de marge de manœuvre pour faire de la politique régionale avec ses hôpitaux.

Accueilli poliment, le Conseil d’Etat, présent in corpore, est intervenu uniquement par les voix de son président, Alain Ribaux, et de Laurent Kurth. Le chef du Département des finances et de la santé a commencé par faire un exposé de 55 minutes sur l’historique d’HNE et les circonstances qui ont mené le gouvernement à décider de ne pas mettre en œuvre le vote populaire de novembre 2013. «Une décision grave», a-t-il reconnu. Il a précisé que la rénovation du site des Montagnes n’était pas une des trois options stratégiques votées par le peuple – le scrutin portait sur le transfert de la chirurgie stationnaire à La Chaux-de-Fonds.

L’émotion est montée d’un cran à l’heure des questions. Ce sont surtout des élus et des médecins du Haut qui ont pris la parole, notamment pour s’interroger sur le problème de recrutement d’HNE. Plusieurs ont insisté sur la nécessité de contraindre «les médecins du Bas à monter à La Chaux-de-Fonds». Laurent Kurth a souligné que si HNE avait besoin de ces médecins, l’inverse n’était pas vrai. Sans oublier «la difficulté accrue d’attirer la relève médicale dans un contexte de concurrence nationale».

«Les huées, ça ne suffit pas»

L’assistance n’était pas unanime. La députée de Bevaix Florence Nater, qui avait coprésidé le comité de soutien au plan soumis au peuple en novembre 2013, a souligné le courage du Conseil d’Etat «d’oser dire stop». Elle a appelé l’assistance à faire des propositions pour l’avenir de la région plutôt que de fustiger le Conseil d’Etat. «Les huées, ça ne suffit pas.»

La soirée a souligné le désarroi de nombreux Montagnons face au «litorralo-centrisme» des investissements publics dans le canton, comme le rappelait une affiche déployée dans la salle. Le député popiste Théo Bregnard résumait le sentiment général: «On veut bien tirer à la même corde que le canton, mais on aimerait que les choses n’aillent pas toujours dans le même sens. A un moment donné, il faut respecter les promesses qui ont été faites.»