Suisse

Laurent Kurth, un bûcheur en route vers le Château

Le Chaux-de-Fonnier doit être investi par le PS ce samedi, pour briguer le siège vacant de Jean Studer

Froid, sans charisme. «S’il doit choisir entre une verrée et l’étude d’un dossier, il ira étudier», dit un camarade. Pourtant, Laurent Kurth a tout pour être l’homme de la situation, celui qui a l’envergure pour succéder à Jean Studer au Conseil d’Etat neuchâtelois. Le PS devrait le lancer dans l’arène ce samedi, en vue de l’élection complémentaire du 14 octobre, qui ne sera pas tacite puisqu’un autre candidat a déposé sa candidature, Louis Dubois, de Bevaix et de l’Entente cantonale neuchâteloise, un parti marginal. Les grands partis devraient s’abstenir.

S’il doit essuyer le reproche d’être distant, Laurent Kurth dispose d’atouts reconnus. C’est un bûcheur compétent: «Je ne supporterais pas d’être pris en défaut sur un dossier parce que je ne l’ai pas assez travaillé», justifie-t-il, contestant la froideur qu’on lui attribue: «Ceux qui me connaissent me trouvent chaleureux, motivant, capable d’humour au deuxième degré.»

Hors de sa ville de La Chaux-de-Fonds, où il siège à l’exécutif depuis huit ans après avoir dirigé durant dix ans le Service cantonal de l’emploi, Laurent Kurth, 45 ans, a peu de visibilité. Il travaille dans divers cénacles intercantonaux, mais en coulisses.

Laurent Kurth n’est pas un Chaux-de-Fonnier conservateur. Ce qui plombe sa popularité locale. On lui reproche sur ses terres d’être trop attaché au Littoral, d’où vient sa compagne. Il défend certes sa ville, mais tient compte de l’intérêt cantonal. Il a contribué à l’aboutissement du réseau urbain neuchâtelois, de la fusion des Services industriels des villes, des services informatiques, des transports, des polices. «Je suis un Neuchâtelois de La Chaux-de-Fonds», dit-il.

Après avoir hésité, Laurent Kurth a décidé de briguer une place au Château. Pas par carriérisme, se défend-il, sans nier sa passion de la politique. En particulier au sein d’un exécutif. «J’y suis à l’aise, j’y ai du plaisir, quelques compétences. Je suis un partisan de la collégialité. Celle-ci ne se décrète pas, elle se construit.» Laurent Kurth a une vision pour son canton. Proche de celle de Jean Studer. Il veut réformer les structures, réduire le nombre de communes tout en les dotant de pouvoirs accrus, multiplier les collaborations intercantonales. Il souhaite la constitution de l’agglomération neuchâteloise, à laquelle il veut donner un pouvoir délégué par les communes qui la composent. Partisan d’un Arc jurassien soudé, il s’affiche aussi en faveur du renforcement d’un axe inédit, de Berne à Besançon par Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, avec, comme maillon fort, le Transrun reliant les deux villes, qu’il estime indispensable et majeur.

Pour refonder la cohésion cantonale, Laurent Kurth demande un plan directeur des grandes infra­structures. Mais il tergiverse quand on lui parle d’hôpital unique centralisé, bottant en touche en demandant une approche économique. Il est pour l’hôpital unique, mais dans quinze à vingt ans, parce que le canton n’en a pas encore les moyens.

Socialisme pragmatique

Tout indique que Laurent Kurth succédera à Jean Studer. Vraisemblablement aux Finances. Il peut se targuer d’avoir assaini la trésorerie de La Chaux-de-Fonds entre 2004 et 2008, même s’il a perdu la votation sur la hausse de la fiscalité en 2005. Kurth est comme Studer, un socialiste pragmatique, qui écoute et intègre les préoccupations du monde de l’économie dans sa stratégie.

Pourtant, en 2008, il avait sonné la charge contre le grand argentier cantonal, dénonçant sa «dérive autoritaire». «Nos méthodes de travail sont différentes, explique-t-il. Lui voulait passer en force. Je privilégie le dialogue. Sans être mou. Il appartient à l’exécutif de donner la ligne, et de trancher.» En matière financière, Laurent Kurth défend lui aussi un nécessaire équilibre, mais combat cette fois l’idéologie de la droite. «Je prône la rigueur au quotidien et l’équilibre à long terme. Je comprends mal la volonté d’exiger des comptes positifs chaque année, indépendamment des circonstances. Je préfère un lissage sur trois ou cinq ans.»

Laurent Kurth gagne à être connu. Le politicien autant que l’homme. Même si le marathonien – et le cycliste – apparaît fluet, il a la carrure d’un homme d’Etat. Il entend être immédiatement opérationnel à sa prise de fonction, début décembre. Quatre mois et demi avant les élections générales.

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