Privés d'une prime de 2500 francs par décision de la Commission des finances, les policiers genevois ont décidé de manifester colère et déception en levant le pied sur les amendes et en refusant d'effectuer certaines heures supplémentaires. Invité à réformer le système dans cette ambiance délétère, le socialiste Laurent Moutinot, président du Conseil d'Etat et ministre responsable de la police, s'exprime sur ce nouveau bras de fer et sur ses intentions.Le Temps: Les syndicats attendent une nouvelle proposition de votre part en guise de reconnaissance du travail effectué. Envisagez-vous de revenir devant la Commission des finances ou de puiser dans une quelconque caisse afin de verser une prime?

Laurent Moutinot: Il est totalement exclu d'aller piocher ailleurs pour verser une prime. La Commission a clairement dit non au versement des 2500 francs. Il ne sert à rien de vouloir lui faire changer d'avis. La question pourrait se reposer une fois que des conditions meilleures auront été créées et que tout le monde sera au clair sur le chapitre des rémunérations. Autant dire que ce n'est pas pour demain.

- Etait-il bien raisonnable de faire miroiter cette prime sans disposer des fonds nécessaires?

- Cela se passe toujours ainsi pour toutes les décisions du Conseil d'Etat. Celui-ci a pris le soin de spécifier noir sur blanc que le versement de la prime serait subordonné à l'aval de la Commission et qu'il y avait donc un risque. Le gouvernement voulait verser cette prime, il le souhaite toujours et a été déçu de ne pas avoir été suivi sur ce point.

- Même sur une question aussi banale, personne ne semble d'accord sur la définition à donner à la prime. Devait-elle servir à récompenser le travail de toute une année et donc être versée à tous les collaborateurs ou bien était-elle liée à l'Euro et à ceux qui ont été engagés dans l'événement?

- La police a demandé le versement de cette prime quelques semaines avant l'Euro. Le Conseil d'Etat n'a pas voulu entrer en matière avant le déroulement des opérations. Vu le travail gigantesque effectué durant 30 jours, le gouvernement a trouvé correct d'accepter la prime lorsque la demande a été reformulée. La direction de la police voulait que celle-ci récompense l'ensemble de l'année afin de rétribuer tout le personnel. Nous avons limité cette prime à l'Euro dans l'idée que le salaire du policier doit englober les autres événements moins extraordinaires.

- Parlons salaire, justement. La Commission vous a donné un délai de six mois pour clarifier et simplifier le système de rémunération. Concrètement, quels sont les éléments qui seront englobés dans cette réflexion et comment allez-vous vous y prendre?

- Pour rendre les choses transparentes, il faudra supprimer au maximum les indemnités pour les intégrer dans les salaires. Il faudra aussi mettre tout le système des heures supplémentaires à plat. La manière dont celles-ci sont comptabilisées actuellement pose de réels problèmes. Une réflexion sera donc menée pour revoir certains ordres de service qui prévoient une compensation ou une multiplication automatique des heures. Le but final est de parvenir à une rémunération supérieure et lisible du policier. Actuellement, c'est un abominable mille-feuille. Quant aux primes diverses et variées, celles-ci sont des éléments d'instabilité pour les fonctionnaires eux-mêmes.

- Est-il réaliste de vouloir aboutir en six mois?

- Dans ce délai, on peut espérer faire un état des lieux qui soit clair pour tout le monde. Le Conseil d'Etat a dans l'idée de confier cet inventaire à une personnalité extérieure dotée d'une certaine expérience. Des contacts sont en cours à ce sujet. Après cette mise à plat, ce sera aux autorités de poursuivre les travaux. Il faudra en passer par un projet de loi pour modifier le plan de carrière du policier.

- Pourquoi ne pas avoir agi avant la saute d'humeur de la Commission?

- Le Conseil d'Etat souhaitait que la réflexion sur la réévaluation de la fonction publique se fasse pour l'ensemble des services sans aller plus vite que la musique pour la police. Maintenant, on n'a plus le choix. La décision de la Commission a donné un coup d'accélérateur à une réflexion déjà en cours.

- Comptez-vous associer les syndicats de police à ces travaux malgré les actions et le bras de fer engagés? - Je vais rencontrer les représentants syndicaux dans les plus brefs délais pour leur expliquer le calendrier et leur dire qu'ils ne recevront rien avant que les choses soient clarifiées. Personnellement, je suis un partisan de la concertation. Pour autant que les délais soient tenus. Les syndicats ont dit vouloir cette réforme. Je vais donc les prendre au mot. On traverse une période de forte poussée de fièvre mais pour être à terme en meilleure santé qu'aujourd'hui.

- Les policiers dénoncent «l'opprobre» jeté sur eux par les conclusions de la Commission des finances. Partagez-vous ce sentiment?

- Non. Personne ne les accuse de tricher. Il est juste horriblement difficile de savoir combien gagne réellement un policier. La réaction de la Commission n'est pas basée sur une vision négative des forces de l'ordre mais sur l'impossibilité pour celle-ci de maîtriser tous les paramètres ayant abouti à la demande de dépassement de crédit.

- Justement, on a l'impression que les commissaires se sont un peu défoulés sur la prime car ils avaient les mains liées sur le chapitre des heures supplémentaires. Comment se fait-il que ce surcoût de l'Euro ait été aussi mal évalué au moment du budget? - Plusieurs éléments expliquent cette différence. Les renforts étrangers ont été réduits en cours de route. Il est vrai aussi que nous n'avons pas lésiné sur les moyens. Il y avait une volonté politique pour que ce soit parfait. Enfin, il y a eu un pépin entre le plan des heures effectuées et leur traduction en francs. On a pris en compte les heures nettes alors que la facture finale englobe les majorations et restitutions. Le seul reproche qui peut nous être fait aujourd'hui est d'avoir pris conscience trop tard de l'existence de ce mauvais calcul.