Laurent Ségalat est acquitté. Le Tribunal criminel de La Côte a estimé qu’un doute suffisant subsiste dans cette affaire. Les juges ont considéré que la victime a bien été agressée mais que l’enquête n’a pas permis d’établir la manière avec laquelle cela s’est passé. L’intervention d’un tiers n’est pas exclue et aucun mobile apparent ne peut être retenu à charge du généticien. Ce dernier s’est effondré à l’issue du verdict qui l’innocente. De forts applaudissements ont résonné dans la salle.

Plus tôt dans la journée, après la «truculence vaudoise» du procureur général Eric Cottier (l’expression vient de la défense) – il avait requis une peine de seize ans jeudi –, la matinée était à la flamboyance française avec la plaidoirie du bâtonnier clermontois Gilles-Jean Portejoie. «Le doute est là, il rôde dans ce prétoire depuis sept jours et nous le sentons tous bien», a relevé l’avocat. A l’issue d’une intervention brève mais intense, ce dernier a conclu à l’adresse des juges du Tribunal criminel de La Côte: «De toutes mes forces, je vous dis qu’il faut acquitter Laurent Ségalat. Ce n’est pas un échec pour l’institution judiciaire. C’est tout le contraire, c’est ce qui fait sa grandeur.»

C’est la jeune Me Marie-Pomme Moinat qui a commencé en entrant directement dans le vif du sujet: les rapports médico-légaux. L’avocate a souligné que cette discipline n’est pas une science exacte et a donné plusieurs exemples d’affaires judiciaires étrangères ou des chutes dans l’escalier ont été faussement attribuées à des crimes.

Me Moinat s’est surtout attachée à redorer le blason de la légiste parisienne, la seule à privilégier l’accident, bien malmenée par le réquisitoire de la veille. «Dominique Lecomte n’allait pas mettre en jeu sa réputation pour un total inconnu et une somme dérisoire de 10’000 euros.» Finalement, les désaccords entre légistes (pas si nombreux au demeurant sur la lésion principale à la tête) révèlent «un doute important sur le mécanisme ayant conduit à la mort de Catherine Ségalat».

«Mais je rêve!» Plein d’humour, Gilles-Jean Portejoie a adressé quelques piques à son confrère Jacques Barillon, conseil de la partie civile, qui qualifiait le doute, principe cardinal du droit pénal, de «tarte à la crème»: «J’ai de la peine pour vous, cela va vous poursuivre toute votre vie.» L’avocat français a poursuivi: «Dans cette affaire, il n’y a pas de mobile, il n’y a pas d’aveu, il n’y a aucun témoignage à charge, il n’y a pas d’arme.» Rien qui permette au tribunal de se forger une conviction sur la base de preuves.

Pointilleux, Me Stefan Disch a repris les arguments du réquisitoire pour les contester les uns après les autres. Il a terminé en interpellant les juges: «Si vous pensez vraiment que chacun d’entre nous peut, dans une période normale de sa vie, au terme d’une journée banale et pour un obscur motif, massacrer ainsi un de ses proches ou alors que chacun de nous réagirait forcément de manière rationnelle et logique en trouvant quelqu’un d’agonisant, sans jamais perdre le contrôle, alors seulement vous condamnerez Laurent Ségalat.»

Prenant la parole en dernier, le généticien français a déclaré: «Sortez-moi de ce cauchemar, s’il vous plaît.»