Laurent Ségalat a laissé un souvenir impérissable aux enquêteurs vaudois. En trente-sept années de service, dont treize passées à la tête de la division criminelle, l’inspecteur en question n’a jamais été confronté à un suspect aussi pointilleux. «Dès le début, il a été très directif et a dicté tous les termes des procès-verbaux jusqu’à la virgule près. C’est la première fois que cela m’arrive», a témoigné le policier au deuxième jour du procès du généticien français, accusé du meurtre de sa belle-mère.

Laurent Ségalat, l’esprit vif ce matin, réagit à toutes les remarques. «Je conteste absolument ce fait. Il y a des termes qui ne sont pas les miens dans ces déclarations. Par exemple, je n’appelais jamais Catherine Ségalat «maman» mais «ma mère», souligne le prévenu tout en admettant être soucieux des précisions.

Attentif lui aussi, le procureur général Eric Cottier lui fera remarquer que lors de la reconstitution, il a bien parlé de «sa maman». Pris en défaut, Laurent Ségalat dit ne plus se rappeler de cette reconstitution allant jusqu’à irriter son propre avocat. «Vous l’avez dit alors admettez-le», s’est emporté Me Gilles-Jean Portejoie.

Un second policier, trente ans de service à l’Identité judiciaire, garde lui aussi cette soirée du 9 janvier 2010 en mémoire. Appelé dans la maison de Vaux-sur-Morges, celui-ci s’est rapidement rendu compte que quelque chose de grave s’était passé. «Au moment où j’ai vu le visage de Catherine Ségalat, une petite lumière s’est allumée dans ma tête. J’ai pensé à un problème et j’ai fait le nécessaire pour faire venir le médecin légiste. Puis en voyant les griffures sur le visage de Laurent Ségalat, j’ai appelé la criminelle.»

A son arrivée, le chef de la division découvre un homme accablé, couvert de griffures et d’hématomes. «Je lui ai demandé s’il n’avait pas fait une grosse bêtise. Durant trente secondes, il n’a rien répondu. On s’attendait tous à un aveu, mais il s’est offusqué et a trouvé la question déplacée.»

Spécialiste des traces de sang, une inspectrice a ensuite longuement détaillé toutes les expériences menées pour analyser les projections et autres flaques présentes sur les lieux et sur les habits des protagonistes. Celle-ci a notamment exclu que les deux taches du sang appartenant à Catherine Ségalat, et retrouvées sous le col de la chemise de Laurent Ségalat, puissent résulter de la chute de la tête ou d’une partie du corps dans du sang lors des manœuvres de déplacement telles que décrites par le prévenu lors de la reconstitution.

Sur question de Me Jacques Barillon, conseil des parties plaignantes, les policiers ont encore précisé que Catherine Ségalat avait des traces de son sang sous la plante des pieds. «Cela indique qu’elle a été debout et a marché dans une flaque», ajoute l’inspecteur. Aucune empreinte n’a toutefois été retrouvée sur les lieux, sols qui ont été largement nettoyés par l’accusé avant l’arrivée des secours.

Sur le thème du sang, qui a occupé le tribunal criminel durant plus de deux heures, le poinçon, que Laurent Ségalat dit avoir utilisé pour piquer sa belle-mère afin de susciter un signe vital, ne présentait aucune trace. Pas plus que trois marteaux retrouvés sur place. Par contre, une lampe de poche présentait des traces. Le produit utilisé par la police révèle le sang qui a été dilué jusqu’à 100’000 fois.

L’audition des policiers se termine avec quelques éclats de voix. L’avocat de l’accusé, Me Gilles-Jean Portejoie, s’étonne des remarques acerbes contenues dans certains rapports. «Je trouve cela désagréable de faire le procès de la police», rétorquera le président Lador. L’audience se poursuit avec d’autres témoins.