Ski

Laurent Vanat: «Le ski n’est pas mort»

Dans son rapport annuel sur le tourisme hivernal, le consultant basé à Genève dépeint une réalité moins sombre qu’il n’y paraît. La pratique du ski est en augmentation partout dans le monde, même en Suisse

Laurent Vanat tord le cou aux idées reçues. Dans son rapport international sur le tourisme de neige et de montagne, basé sur les dernières statistiques mondiales et onzième du genre, le consultant spécialisé présente «une vision moins sombre de la branche que celle trop souvent communiquée». Pour lui, «le ski n’est pas mort». Au contraire même, puisque l’hiver 2017-2018, qu’il a décortiqué pour les besoins de son analyse, montre une tendance mondiale à la hausse. Et la Suisse ne fait pas exception.

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«Les stations helvétiques ont enfin vécu une saison ponctuée par une augmentation et non une baisse des journées skieurs», se réjouit Laurent Vanat. La fréquentation a augmenté, en moyenne, de 10% par rapport à la saison précédente dans les domaines skiables du pays. Mais cette hausse ne permet pas de contrer la dégringolade vécue au cours de la dernière décennie. «En moins de 10 ans, la fréquentation des stations helvétiques a baissé de 25%», rappelle le spécialiste basé à Genève.

De nouveaux acteurs du ski sont en train d’éclore. L’hémisphère Sud a connu, lors de l’hiver 2017-2018, sa meilleure saison de tous les temps, avec une progression de fréquentation de 25% en une décennie

Pour inverser cette tendance, plusieurs solutions ont été imaginées, comme l’instauration d’un prix dynamique, qui évolue en fonction des conditions météorologiques ou de la fréquentation, ou encore des abonnements à prix cassés. «On se trouve en plein changement de modèle», souligne Laurent Vanat. Mais toutes les tentatives ne sont pas couronnées de succès. «L’abonnement à 222 francs de Saas-Fee s’est révélé être un pétard mouillé. S’il a fonctionné lors de sa première saison, il s’est révélé être en flop dès la deuxième. Le Magic Pass, lui, tient ses promesses», reconnaît l’auteur du rapport.

L’effet Magic Pass

La trentaine de stations partenaires de cet abonnement ont vu leur fréquentation augmenter, en moyenne lors de la saison 2017-2018, de 30%. Trois fois plus que les autres domaines skiables de Suisse. «Et, manifestement, l’exercice en cours est également réjouissant», précise le consultant, qui imagine volontiers ce genre d’offres se multiplier à l’avenir. «Cette tendance est forte aux USA, et en Europe nous avons une dizaine d’années de retard par rapport aux Américains. Les offres à prix cassés ne vont pas disparaître», argumente-t-il. A une condition toutefois: qu’elles ne diluent pas trop le prix moyen payé par les clients. «Ce qu’a réussi à faire le Magic Pass», appuie-t-il.

Ce regain d’intérêt pour le ski s’explique, selon Laurent Vanat, par un mix compliqué de facteurs qui débouche sur un alignement de planètes idéal. «Il faut notamment que la neige et le soleil soient présents, en quantité, mais surtout au bon moment», explique-t-il, précisant que lui-même ne sait pas quel est le profil de l’hiver idéal.

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La mondialisation du ski

Le rapport de Laurent Vanat démontre également que de nouveaux acteurs du ski sont en train d’éclore. La Scandinavie, par exemple, est le seul marché occidental où «la fréquentation actuelle est bien meilleure qu’il y a 10 ans». L’hémisphère Sud a connu, lors de l’hiver 2017-2018, sa meilleure saison de tous les temps, avec une progression de fréquentation de 25% en une décennie. Quant à la Chine, elle est désormais le troisième pays mondial en nombre de skieurs, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne.

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Mais pas de quoi bouleverser encore les marchés traditionnels du ski. «Les Alpes restent le poids lourd du ski mondial, assure Laurent Vanat. Elles représentent 150 des 400 millions de journées skieurs annuelles, soit plus du tiers de la fréquentation mondiale. La Scandinavie, avec ses 15 à 20 millions de journées skieurs, ou l’hémisphère Sud, et ses 5 à 6 millions de journées skieurs, sont des gouttes d’eau.»

Le cas de la Chine est en revanche quelque peu différent. Elle devrait devenir un grand acteur du marché mondial du ski. «D’ici 2 à 3 ans, elle devrait être au niveau de la Suisse», souligne l’auteur du rapport. Et sa croissance ne devrait pas s’arrêter. «La Chine est portée par les Jeux olympiques d’hiver, qui auront lieu à Pékin en 2022. Et l’idée du gouvernement chinois n’est pas de s’arrêter à cette échéance, mais bel et bien de poursuivre cette évolution, sur la durée», commente Laurent Vanat. Reste à savoir où s’arrêtera l’Empire du Milieu.


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