Laurent Wauquiez a été élu dimanche à près de 75% à la présidence des Républicains. Avec le soutien de Nicolas Sarkozy et de l’ancien premier ministre François Fillon, on voyait mal pas comment celui qui aime à se présenter comme la boussole de la droite aurait pu être battu. Face au président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les deux autres candidats, Florence Portelli et Maël de Calan, n'ont pas pesé lourd.

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A trop le voir à Paris et sur les plateaux de télévision, on en vient à oublier que l’ancien député de la Haute-Loire est depuis janvier 2016 à la tête d’un mastodonte du nouveau découpage régional français, rassemblant 8 millions d’habitants. Du coup, ses retours en province respectent des arrêts à Lyon, la capitale de la région, et dans son Auvergne natale. Mais les autres territoires sont moins visités. Soignées par son prédécesseur, le socialiste Jean-Jack Queyranne, les relations entre la région française et l’agglomération franco-valdo-genevoise se maintiennent, mais à distance.

Centre de gravité déplacé

Laurent Wauquiez n’a rencontré que trois fois son homologue genevois, François Longchamp, quand de son côté Jean-Jack Queyranne participait une fois par trimestre à des entretiens transfrontaliers. Antoine Vielliard, le maire centriste de Saint-Julien-en-Genevois, est sévère: «Je n’ai pas en tête une seule idée ou initiative spécifique venant de Laurent Wauquiez relative aux enjeux du Grand Genève ou des affaires transfrontalières. Jean-Jack Queyranne avait coutume d’affirmer que le Grand Genève était, par sa population, la seconde métropole de la région Rhône-Alpes. De toute évidence, la présidence auvergnate en a déplacé le centre de gravité.»

La Suisse ne serait donc plus l’une des priorités de ses voisins rhônalpins. En avril 2016, en déplacement à Ferney, Laurent Wauquiez clamait pourtant son amour pour le modèle économique de la Suisse, «territoire qui est une locomotive pour toute la région». En novembre 2016 à Genève, après avoir parlé partenariat avec François Longchamp, il confiait au Temps: «On pèse peu chacun de notre côté, mais beaucoup ensemble. Prenez la bio-santé: réunissez Grenoble, Lyon et Genève et vous aurez là un nouveau leader mondial, devant Boston. L’aéronautique, en additionnant nos compétences genevoises et lyonnaises, déboucherait sur un pôle supérieur à celui de Toulouse. Unissons davantage nos forces et nous pourrons même créer une Silicon Valley européenne.»

Vice-président au premier plan

Simples effets d’annonce? «Non, répond François Longchamp, car si Laurent Wauquiez a une implication mesurée, les dossiers avancent tout de même.» Cela, selon le président du Conseil d’Etat, grâce à Etienne Blanc, le maire de Divonne-les-Bains, un proche de Laurent Wauquiez, qui est aujourd’hui le premier vice-président de la région. François Longchamp précise: «Etienne Blanc est un fin connaisseur et l’homme clé. Le Projet d’agglo III est ainsi en bonne voie. Il n’y a pas de retard et nous serons sans doute bien évalués par Berne pour obtenir des financements fédéraux. A la clé, il y a des centaines de millions et une vision du territoire à concrétiser, à l’échelle tant des transports que de l’environnement.» Par ailleurs, des assises transfrontalières sur la transition énergétique sont en préparation et un premier séminaire sera organisé le 15 janvier à Lyon sur le projet de Silicon Valley européenne. Rien ne dit que Laurent Wauquiez répondra présent. Etienne Blanc, lui, devrait être là.