Ministre chargé des Affaires européennes puis de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lorsque Nicolas Sarkozy était à l'Elysée, Laurent Wauquiez, 41 ans, est depuis janvier 2016 le président de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes. Il est venu parler partenariat ce jeudi avec François Longchamp, le président du Conseil d'Etat, et Guillaume Barazzone, le maire de Genève.

Le Temps: Vous dirigez le Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes et êtes devenu le président par intérim du parti Les Républicains, en lieu et place de Nicolas Sarkozy candidat aux primaires de la droite. Vous reste-t-il un peu de temps pour les relations transfrontalières?

Laurent Wauquiez: La preuve, c'est que je suis à Genève ce jeudi. J'aime la Suisse, qui est un partenaire et une source d'inspiration. Son système politique et économique force le respect et je ne veux plus qu'on parle d'arrogance française. Trop longtemps des élus français ont tapé sur la Suisse en la caricaturant, en la réduisant à du chocolat et de l'argent sale. Cela suffit.

– Qu'est ce qui va changer?

– Je réclame une montée en puissance. Nous allons signer un nouveau projet d'agglomération, intégrant la mobilité douce, la coopération policière, les grands travaux comme le CEVA dont le chantier est très avancé. Nos réflexions se portent aussi sur le contournement autoroutier de Genève et la traversée du lac, un nouveau statut d'apprenti franco-suisse et un institut bi-national en soins infirmiers. Avant l'été, des assises se tiendront pour apprendre à mieux nous connaître. Ensemble, nous pesons beaucoup. Prenez le domaine de la bio-santé: réunissez Grenoble, Lyon et Genève et vous aurez là un nouveau leader mondial, devant Boston. L’aéronautique, en additionnant nos compétences genevoises et lyonnaises, déboucherait sur un pôle supérieur à celui de Toulouse. Auvergne-Rhône-Alpes est la première région industrielle de France, la cinquième européenne. Unissons davantage nos forces et nous pouvons créer la Silicon Valley européenne.

– Il reste qu'à l'exemple du vote anti-immigration de masse, la Suisse semble remettre en question ses relations avec l'Europe et donc ses voisins directs…

– Il ne m'appartient pas d'interférer. La remise en question du programme européen Erasmus pour les étudiants peut pénaliser la Suisse. Je vous garantis que je vais tout faire pour leur rouvrir les portes européennes, parce que la mobilité étudiante est une nécessité pour nos deux pays.

– Il y a aussi des crispations, des fonds frontaliers qui n'iraient pas où il faudrait, des douanes qui ouvrent tard, donc des portes qui se ferment …

– Je dénonce ce qui se dit sur de prétendus financements de projets jusqu'en Auvergne par les fonds de la compensation financière genevoise, c'est faux! Cet argent reste concentré sur les territoires transfrontaliers. J'en profite pour dire que je remets de l'ordre dans ma région, avec 75 millions d'euros d'économie depuis mon élection. J'en finis avec le gaspillage de l'argent public. La Suisse a devant elle la région en voie de devenir la plus prospère de France, un partenaire et non un envahisseur. Pour les petites douanes suisses qui pourraient rester plus longtemps fermées, François Longchamp m'a assuré qu'un compromis est à l'étude, qui satisfera les frontaliers qui doivent pouvoir se rendre sur leur lieu de travail et les riverains harassés par le trafic automobile dans leurs villages.

– Comment avez-vous reçu l'élection de Donald Trump?

– Comme une vraie leçon. C'est le peuple qui a raison en démocratie. Ce n'est pas les élites qui dictent au peuple ce qu'il a à penser ou à croire. Ce vote est une colère des classes moyennes et nous aussi on doit y faire attention. Je n'aime pas le terme populiste, écouter les gens n'est pas méprisable. Il faut avoir une attention au quotidien du peuple. Trump a eu des réussites économiques et j'approuve sa dénonciation du dumping monétaire chinois. Mais ses propos outranciers sont déplorables.