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A Lausanne, Aquatis est prêt à sortir de l’eau, encore trouble

Quelques jours avant l’inauguration, l’aquarium lausannois ne laisse apercevoir que quelques rares poissons. Les ouvriers travaillent cependant d’arrache-pied pour être prêts à temps

Après plus de quinze ans de persévérance, le plus grand aquarium-vivarium d’eau douce d’Europe, Aquatis, ouvre ce week-end. Le long d’un parcours qui sillonne les cinq continents, 450 000 visiteurs annuels sont attendus pour un investissement total d’environ 100 millions. Sur une surface de 3500 mètres carrés, le public pourra dès samedi y admirer 300 espèces végétales, 100 reptiles et amphibiens et 10 000 poissons.

Du moins sur le papier. A quelques jours de l’inauguration, les ouvriers sont en effet encore à pied d’œuvre et la plupart des piscines demeurent désertes. Inspiré, le PDG du groupe hôtelier BOAS, Bernard Russi, principal investisseur, promet que son établissement «racontera avec poésie, au gré d’expériences multiples et accessibles, la fragile et puissante beauté de l’eau douce, d’une belle dame bleue, notre Mère à tous». Le spectacle du lieu sera-t-il à la hauteur du lyrisme de l’homme d’affaires? Tour guidé.

Une opinion critique (c'est peu dire): Aquatis, un néo-impérialisme culturel

Visite de presse hésitante

On commence dans le hall d’entrée: une horde de journalistes a fait le déplacement. Fébrile, Bernard Russi en oublie son discours et abrège l’introduction: «Je vous invite sans plus attendre à venir découvrir ce magnifique chantier.» En effet, des milliers d’animaux sont encore en quarantaine et manquent à l’appel et les aquariums sont pour la plupart vides. Un début d’incendie dans le réservoir principal a notamment retardé l’agenda.

Le «voyage Aquatis», annonce le panneau d’entrée, débute près de chez nous. Sur le thème du Rhône et du Léman, lottes, goujons et autres perchettes ondulent dans l’un des rares aquariums déjà habités. La guide mène la visite tambour battant. Le bassin Evolution, bocal géant d’un million de litres – le plus grand du site – laisse pour le moment admirer une eau trouble.

Tunnel sous-marin

Plus loin, un tunnel sous-marin amène les visiteurs jusqu’à un spinosaure articulé, qui marque la fin de la zone Europe. L’espace africain se dévoile sur un terrarium «quasi-fini», qui laisse apercevoir quelques plantes vertes. Les deux crocodiles du vivarium découvrent leur nouvel espace à l’abri des regards. Peu d’animation également dans la partie asiatique, où une maquette de rizière suspendue et un varan de Komodo solitaire occupent la presse en l’absence des autres espèces.

Quelque peu perplexes face à l’état des lieux à quelques jours de l’ouverture, les médias se réveillent à la vue de deux arapaimas, les plus gros poissons présents sur le site. Ils signalent la dernière étape de la visite, le clou du spectacle: la grande serre amazonienne. Enchevêtrement végétal luxuriant traversé de multiples passerelles, l’espace frappe par sa grandeur. Les piscines y sont cependant également vides, mais devraient sous peu accueillir des raies.

La scénographie avant tout

Entre deux aquariums, d’immenses miroirs pavent le sol, donnant au site l’apparence d’une grande discothèque. Ils reflètent diverses maquettes et projections installées au plafond. Un bateau de la CGN, un barrage, des oiseaux. «Enormément d’attention a été portée aux scénographies», explique Frédéric Ravatin, scénographe. Ainsi, détaille-t-il, «vous n’êtes pas devant, vous êtes dedans». L’immersion doit être totale. Désignant une salle encore vide, le guide promet qu’une projection en reflet y donnera aux visiteurs «la sensation de voler avec des flamants roses».

En l’absence de la majorité des créatures marines annoncées, il est pour le moment difficile de se prononcer sur la nouvelle attraction. «Même si tous les poissons ne sont pas là ce week-end, nous ouvrirons», déclare toutefois Bernard Russi. Il ajoute que le prix sera le même, «le public comprendra». Quant aux critiques formulées par les antispécistes, Aquatis cherche justement à attirer l’attention sur les espèces en voie de disparition, dit le PDG de BOAS. Et de conclure, convaincu: «Les animaux présents ici sont les ambassadeurs du futur.»

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