SANTÉ

A Lausanne, le centre de recherche sur le cancer ouvrira en 2018

La construction du bâtiment Agora qui abritera près de 300 scientifiques et médecins a démarré à côté du CHUV. L’ambition: créer un lieu qui permettra d’accélérer le transfert des découvertes vers la recherche clinique et les nouveaux traitements pour les patients

Les flèches des grues tournoient dans le ciel, les bétonnières sont alignées aux abords du chantier, 50 000 m³ ont été excavés, restait la première pierre à poser pour entamer la construction proprement dite du bâtiment Agora, qui abritera dès le printemps 2018 le Centre de recherche sur le cancer. C’est chose faite depuis jeudi matin. Trois conseillers d’Etat, Pierre-Yves Maillard, Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis, le directeur général du CHUV Pierre-François Leyvraz, le patron du département d’oncologie George Coukos, ainsi que les responsables de la Fondation de l’Isrec, Catherine Labouchère et Francis-Luc Perret, se sont retrouvés sur le site du CHUV pour ce moment symbolique.

Ces personnalités incarnent l’architecture stratégique de futur centre de recherche, issu d’un partenariat public-privé. La Fondation Isrec, maître d’ouvrage, investit 80 millions de francs dans l’Agora. Celle-ci est également soutenue par l’Institut Ludwig pour la recherche sur le cancer: il investira 10 millions par année dès 2018 dans les recherches et a choisi Lausanne comme l’un des trois pôles mondiaux qu’il finance.

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«Il y avait un risque d’éclatement des moyens et des efforts de la recherche, ainsi qu’une difficulté à fédérer les différents acteurs», admet le ministre de la santé Pierre-Yves Maillard. Finalement, le «rassemblement autour d’une vision commune» devrait faire de Lausanne et de l’arc lémanique un pôle de compétence dans la recherche contre le cancer, notamment en immunothérapie; ces nouveaux traitements prometteurs s’appuient sur les défenses naturelles du corps du patient pour détruire certaines tumeurs. L’immunothérapie est en passe de devenir le quatrième traitement contre certains cancers, comme les mélanomes, après la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie.

De la théorie à la pratique

Conçue par le bureau Behnisch Architekten de Stuttgart, l’Agora représente une pièce importante d’un plus ample puzzle. Le bâtiment de verre de 11 500 m², dont trois niveaux de laboratoires, accueillera près de 300 chercheurs et cliniciens – des médecins, des biologistes, des généticiens, des immunologistes, des bioinformaticiens et des bioingénieurs venus notamment du CHUV, de l’Université de Lausanne, de l’EPFL, mais également des HUG, les Hôpitaux universitaires de Genève.

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Leur mission: «Travailler pour amener au lit des patients les recherches considérables qui se font dans l’arc lémanique», explique Pierre-François Leyvraz. La réunion des compétences en un seul lieu proche du CHUV vise à faire passer plus rapidement les découvertes en laboratoire vers la recherche clinique et l’application thérapeutique pour les malades. «Les médecins vont pouvoir guider la recherche dans le but de résoudre les problèmes quotidiens de la clinique», ajoute le professeur George Coukos. L’Agora se veut aussi un lieu de séjour temporaire pour les chercheurs: des équipes qui travaillent en recherche fondamentale pourraient s’installer dans l’Agora au moment des essais cliniques. Scientifiques et médecins se concentreront en particulier sur le traitement du mélanome, du glioblastome, forme très agressive du cancer du cerveau, du cancer du poumon, du sein, du pancréas et de la prostate.

Une pièce du puzzle à Epalinges

Une autre pièce du puzzle se situe au Biopôle, à Epalinges, avec le laboratoire de production cellulaire pour l’immunothérapie. Inauguré le 15 septembre dernier, il va contribuer à la fabrication de produits thérapeutiques personnalisés élaborés à partir de cellules tumorales issues des patients eux-mêmes. Au Biopôle toujours, un autre centre de recherche, fondamentale celle-là, sera également construit. Par ailleurs, le centre d’oncologie ambulatoire du CHUV a été refait et de nouvelles chambres pour les patients immunodéprimés sont en construction. L’ensemble du dispositif devrait être fonctionnel en 2020 avec cet «espoir», explique George Coukos: «Devenir un pôle d’attraction pour les meilleurs spécialistes mondiaux du cancer.»

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Globalement, en Suisse, quatre personnes sur dix vont développer un cancer à un moment ou à un autre de leur vie. Chaque année, près de 40 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et plus de 16 000 personnes meurent de la maladie. Mais si le nombre de nouveaux cas augmente, celui des patients qui survivent également. Ainsi, environ 300 000 personnes ayant reçu un diagnostic de cancer sont toujours en vie; elles étaient deux fois moins nombreuses il y a vingt-cinq ans.

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