Le responsable du drame du Grand-Pont a été inculpé mercredi d'homicide intentionnel. Il répond également de lésions corporelles graves et de mise en danger de la vie d'autrui. N'ayant subi que des blessures superficielles dans la tragédie qui a tué trois femmes et blessé gravement plusieurs autres personnes, il a été entendu en étant en pleine possession de ses moyens. Il a quitté l'hôpital pour une prison préventive du canton. Une expertise psychiatrique a été ordonnée par le juge.

Lors de son audition, Mohammed Boudifa a nié tout caractère intentionnel à sa course meurtrière. Il a soutenu qu'il était en train de manipuler son autoradio en conduisant et qu'il a malencontreusement dévié de sa trajectoire. Ensuite, il ne se souvient plus que d'un «trou noir», a expliqué le juge d'instruction cantonal, Jacques Antenen.

Mais les éléments recueillis, et en particulier certains témoignages, contredisent cette version des faits. C'est pourquoi le juge Yves Nicolet a décidé d'inculper l'auteur pour homicide intentionnel, inculpation plus forte que l'homicide par négligence. Elle suppose que le conducteur savait qu'il mettait la vie d'autres personnes en danger. Sans que cela soit dit noir sur blanc, la thèse d'une intention suicidaire aveugle aux conséquences que cela pourrait entraîner pour les autres apparaît comme la plus vraisemblable à ce stade.

Outre une quinzaine de témoins visuels, l'épouse de Mohammed Boudifa a également été auditionnée, mais rien n'a été communiqué sur les indications qu'elle pourrait avoir fournies. L'enquête se poursuit: six inspecteurs de la police judiciaire lausannoise sont sur l'affaire. Il faut entendre encore une soixantaine de témoins et poursuivre l'examen technique du drame.

Le coureur algérien n'avait pas d'antécédents judiciaires, sous réserve d'une amende préfectorale pour perte de maîtrise au volant de son véhicule, en 2001. Mais il avait occupé la police le 3 octobre de la même année, lors de sa tentative de suicide (lire ci-dessous). Il avait alors été hospitalisé à l'établissement psychiatrique de Cery.

Une mère de famille de 34 ans et une femme de 40 ans ont été tuées sur les lieux, tandis qu'une femme de 22 ans est morte plus tard à l'hôpital. Le drame a également fait huit blessés, conducteur inclus. Mercredi soir, six personnes étaient encore hospitalisées. Une jeune femme était toujours dans un état critique, alors que celui des autres s'était stabilisé. La fillette de 2 ans qui a perdu sa mère dans l'accident souffre de plusieurs fractures, mais ses jours ne seraient pas en danger.

La tragédie a provoqué beaucoup d'émotion en ville et un énorme mouvement de solidarité. Toute la journée, des passants se penchaient sur le Grand-Pont pour comprendre ce qui s'était passé. Là où la barrière a été arrachée, des dizaines de bouquets de fleurs ont été déposées par des gens parfois en larmes. «Cindy, tu nous manques énormément», lit-on sur l'un d'eux. La municipalité a fait déposer une couronne. Le CHUV centralise les témoignages de sympathie et un compte postal (10-1900-8, mention «Victimes Grand-Pont – CGRB 26499») a été ouvert pour les dons.