Coup de frais surla Riponne

Lausanne Les édiles entendent «rendre la place de la Riponne à ses habitants»

Derrière des mesures pour animer l’espace, ils visent la présence des marginaux

Le PLR dénonce des «mesurettes»

Ratage historique, espace de frustration, trou noir. La place de la Riponne a l’avantage de servir d’exutoire aux Lausannois, qui ne manquent pas de qualificatifs pour blâmer ce désert urbain. Elle reste depuis des décennies une épine dans la botte de la municipalité lausannoise, qui s’est réunie en force ce jeudi pour présenter de nouvelles mesures censées «rendre la place aux habitants». Un champ de fleurs, des espaces d’activités pour les jeunes, une nouvelle terrasse et une aire de jeu pour les enfants: la Ville veut «favoriser la mixité». Mais, déjà, l’opposition municipale dénonce des «mesurettes» et réclame davantage de répression à l’égard des personnes marginalisées qui ont pris possession des lieux.

Au nord, une dizaine de sans-abri viennent chaque jour tuer ­l’ennui et chercher un peu de compagnie, joint ou canette de bière à la main. Au sud, quelques dealers et leurs clients. Chassés d’autres lieux du centre-ville, ils sont peu à peu venus remplir l’espace vide de la Riponne, si vide qu’on ne voit qu’eux. En hiver 2011, des habitants et commerçants exaspérés avaient lancé une pétition pour ­demander aux autorités de «rendre cet endroit accessible à tous». Ils étaient quatre municipaux, jeudi, pour présenter le fruit de leurs réflexions. «L’un des cœurs de la ville», constatent les édiles, n’est pas convivial. «C’est une zone de rencontre, de marché, de transit. C’est une place forte… En tout cas, ça l’a été», souligne le syndic, Daniel Brélaz. Les fermetures successives du cinéma, du club Romandie et du ­restaurant Mövenpick ont peu à peu réduit l’attractivité du site à peau de chagrin. Aujourd’hui, seule une poignée de laissés-pour-compte souhaitent y rester. Pour les autres, lorsqu’il n’y a pas de ­marché, la Riponne n’est guère plus qu’un lieu de passage.

Les premières nouveautés apparaîtront dès le moi de juin 2014. La Ville compte installer des containers maritimes, qui accueilleront des activités avant tout destinées aux jeunes. La bibliothèque municipale, par exemple, y ouvrira un espace de lecture tous les jours de la semaine. Au sud de la place apparaîtront des stands mobiles de mets à l’emporter.

En lien avec la manifestation Lausanne Jardins, du 14 juin au 11 octobre, un parterre de fleurs de 500 m2 s’étendra du nord de la place jusque devant les escaliers menant au Palais de Rumine. Symbole du «nouvel esprit» que la Ville veut insuffler à la place, ce jardin s’«inspire des champs en self-service que l’on trouve au bord des routes», explique Florence Germond, directrice des Finances et du patrimoine vert. «Nous proposerons aux personnes marginalisées de s’occuper de leur entretien.» Il ne s’agit pas de les chasser, affirment les élus. «Nous voulons intégrer plutôt qu’exclure», souligne Oscar Tosato, directeur de l’Enfance, de la jeunesse et de la cohésion sociale, qui rappelle l’existence, à Lausanne, de structures d’accueil pour les personnes dépendantes. Mais les édiles caressent le vœu de voir les occupants de la place de la Riponne s’intégrer au nouveau paysage ou prendre le chemin des espaces qui leur sont destinés.

Le dispositif s’accompagnera d’une présence policière «renforcée et régulière», indique le municipal chargé de la Sécurité publique, ­Grégoire Junod, cheville ouvrière de ce projet. «La police se chargera de mettre fin aux comportements qui ne sont pas tolérés». «Ceux qui ne veulent pas respecter les règles se rendront compte que ce lieu n’est pas pour eux», ajoute le syndic.

L’espace du nord de la place sera «nettoyé et réhabilité», explique Grégoire Junod. Les locaux auparavant exploités par Mövenpick trouveront une nouvelle vie, l’ancienne cuisine d’été reprendra du service. L’idée: occuper la place, attirer les passants et leur donner envie de rester. Les plans de la municipalité pour l’avenir restent flous, mais cette dernière évoque la possibilité d’installer une aire de jeu pour les enfants.

«Il est temps que l’on s’occupe de cet endroit! s’exclame le géographe urbaniste de l’Université de Lausanne, Antonio Da Cunha. Cette place cumule les handicaps. Elle est aveugle d’un côté, à cause de son parking. Elle est trop minérale. Mais surtout, elle ne parvient pas à fonctionner comme lieu de croisement.» Les nouveaux projets de la Ville parviendront-ils à redonner vie à la Riponne? L’urbaniste en doute. «Pour rendre un lieu attractif, il doit être entouré de zones de vie. Il doit refléter le spectacle de nous-mêmes. Or la place du Tunnel est morte. Et il n’y a pas suffisamment d’activités de rez-de-chaussée autour de la Riponne. Cette place ne débouche sur rien et ne va nulle part.»

Le député PLR Mathieu Blanc ­estime les propositions de la Ville insuffisantes. L’avocat appelle de ses vœux des mesures répressives supplémentaires et évoque la possibilité d’interdire la consommation d’alcool sur la place. Le parti compte interpeller la municipalité après les vacances de Pâques, afin de réclamer des états généraux sur la Riponne: «Nous souhaitons une réflexion globale, avec des architectes, des urbanistes, des commerçants.»

«Cette place est trop minérale. Mais surtout, elle ne parvient pas à fonctionner comme lieu de croisement»

«Nous proposerons aux personnes marginalisées de s’occuper de l’entretien» des fleurs