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Ilias Panchard, Vert Lausannois. Lausanne, le 29 mars 2016.
© Bertrand Cottet

Portrait

Lausanne: Ilias Panchard, un jeune Vert engagé

Antinucléaire et altermondialiste, le Lausannois – de confession musulmane – a eu le déclic de l’engagement politique en 2012, lors du référendum contre la loi sur l’asile. Il est aujourd’hui vice-président des Jeunes Verts suisses

C’était un mardi, le 22 mars précisément, un jour devenu sombre. Il avait donné rendez-vous au café de Grancy, derrière la gare de Lausanne. Bel endroit, empli de livres et de drôles de chaises qui portent les noms de célébrités et d’habitués. 9h30, Ilias Panchard tapote son iPhone et apprend qu’il y a eu un attentat à l’aéroport de Bruxelles. Dix morts, bilan provisoire. Il y en aura d’autres.

Que dire, que faire? Etre bouleversé et tellement triste, penser à ces disparus, leurs proches et parents. Etrange monde qui propulse en horreur de simples gens affairés dans leur quotidien: prendre un avion, balayer le hall, se rendre au travail en métro. Quand on a 24 ans et tant d’espérances, de perspectives, de choses à bâtir, comment réagit-on? Ilias est un jeune engagé, conscient, sceptique, déjà très au fait des sautes d’humeur du monde.

Classé parmi les cent de «L’Hebdo»

Il est comme tout un chacun accablé mais son militantisme est un remède à l’hébétude. Dépasser cela, parler, débattre, réfléchir à des réponses. Le Vaudois est de toutes les batailles: coprésident depuis 2013 des Jeunes Verts Suisse, membre du comité du Réseau Sortir du nucléaire, secrétaire de la Fédération suisse de service civil (Civiva), actif chez les altermondialistes.

En 2015, L’Hebdo l’a classé parmi les cent personnalités qui feront la Suisse romande. L’étiquette de génération passive qui colle parfois à sa génération lui a toujours gratté le dos. Il s’en est vite débarrassé d’un haussement d’épaules. En 2011, Ilias fonde avec deux amis de l’EPFL (il y a étudié les sciences de l’environnement) «Where do the children learn», une ONG qui soutient au Népal des programmes éducatifs. «Ce pays qui est un paradis à touristes a besoin de coopération», dit-il. Le taux d’analphabétisation est fort: selon l’Unesco, un adulte sur deux ne sait ni lire ni écrire. Il y est allé en février 2014 pour faire un trek-tour des écoles dans l’Annapurna.

Lui-même est musulman

Ilias doit en partie à son père cet engagement humanitaire rapide. «Il est né en 1961 et fait partie, lui, de cette génération très politisée, tournée vers les idéologies, le maoïsme attirait, l’antimilitarisme aussi», raconte Ilias. Mais papa Panchard, un Valaisan venu vivre à Chavannes, amorce un virage à nonante degrés et se convertit à l’islam. Il rencontre ainsi une Algérienne native de Bologhine (quartier d’Alger) en visite chez une tante à Lausanne.

Mariage et naissance d’Ilias. Lui-même est musulman et dit pratiquer de manière très personnelle. La laïcité importe avant tout. Il a voyagé à maintes reprises en Algérie sans encore en saisir «la fascinante complexité». Il a mieux appréhendé la réalité palestinienne. Voyage fondateur en octobre 2014, juste après la série d’opérations de l’armée israélienne sur Gaza. Il est parti avec de jeunes autres européens avec l’organisation «Youth against Settlement».

Engagement chez les Jeunes Verts

Il a vu l’humiliation. «Les Bédouins perdent sans cesse du terrain parce que les colonies israéliennes créent des balafres entre les territoires. Les passagers des bus sont traités comme du bétail, on leur demande de descendre, ils sont contrôlés un par un, tandis que je pouvais rester tranquillement à ma place protégé par mon passeport.» Pas si protégé que cela. Il est retenu deux heures à l’aéroport Ben Gourion sous le prétexte d’un contrôle poussé. Soupçonné de terrorisme et d’activités politiques suspectes.

En Suisse, c’est la révision de la loi sur l’asile en septembre 2012 qui scelle son engagement chez les Jeunes Verts. «Etant profondément écologiste, fédéraliste et altermondialiste, rejoindre ce parti a été un choix logique, dans la continuité de mes engagements associatifs précédents», justifie-t-il. L’autre jour, il a encore manifesté contre les renvois Dublin.

Réfugiés: le Liban, un exemple pour la Suisse

Position difficile à tenir dans le contexte actuel de péril terroriste, de possibles infiltrations parmi le flux de réfugiés? Réponse: «Bien entendu que le prétendu Etat islamique a imaginé utiliser les chemins de l’exil à travers la Turquie, la Grèce et les Balkans. Mais la totalité des criminels qui ont touché l’Europe lors d’attentats sont nés et ont grandi dans un pays européen. Il est intéressant de voir que celles et ceux qui utilisent ces arguments et profitent honteusement de cette terrible situation humanitaire sont les mêmes qui font tout pour empêcher l’accueil de réfugiés en Suisse, refusent toute mesure d’intégration et en plus combattent toute politique sociale en faveur des «bons Suisses» victimes de la précarité.» Ilias prend en exemple le Liban qui relève le défi avec 20 à 30% de réfugiés sur son sol tandis que l’Union européenne, sa surface immense et ses 500 millions d’habitants rechignent à accueillir 3 à 4 millions de personnes.

Ilias n’aime pas parler d’ouverture au monde, mais d’engagement altermondialiste. «Je m’engage pour le développement d’un autre monde, plus solidaire, de respect entre les pays du Nord et du Sud, respectueux des droits humains et environnementaux. Le mouvement altermondialiste permet de relier ces luttes au niveau mondial», soutient-il. Il était à Tunis pour le Forum social l’année passée, dans une ambiance un peu spéciale, une semaine après l’attentat au Musée du Bardo.

6500 boîtes d’iode pour faire réfléchir

Et la Suisse dans tout cela? «Elle fait clairement partie de l’Europe, à tous les niveaux, avec des particularités bien entendu. Maintenant, il est clair que nous nous trouvons face à des défis dans notre rapport à l’Union européenne. Je défends une Europe solidaire, démocratique et fédéraliste. A ce niveau-là, elle peut énormément apprendre de notre pays.»

Une rencontre, récente, la semaine passée à Zurich, avec Naoto Kan, l’ancien premier ministre japonais en exercice lors de la catastrophe de Fukushima, devenu un antinucléaire. L’idée a germé de distribuer 6500 boîtes de pastilles d’iode aux Suisses (de fausses, ce sont en fait des bonbons). «L’incompréhension règne lorsqu’on explique aux gens qu’aucune centrale n’a été fermée depuis 2011, pas même la vieille casserole de Beznau, construite en 1969. 70% de la population est pour une fermeture des centrales, mais les gens pensent que l’on a déjà entamé les démarches pour la sortie du nucléaire alors qu'elles tournent encore à plein régime.»


Profil

1991: Naissance à Lausanne

2012: Rejoint les Jeunes Verts Suisse suite au référendum sur l’asile

2014: Voyage marquant en Palestine

2015: Participe au Forum social mondial, rendez-vous des altermondialistes, à Tunis

2016: Candidat aux élections communales à Lausanne. Termine 3e des viennent-ensuite

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