Avec la constitution d’un «plan climat», annoncé jeudi par sa municipalité au grand complet, Lausanne veut recenser tous ses efforts en matière de stratégie énergétique. Et ils sont nombreux. Les manifestations pour le climat et l’appel venu de la rue ont eu pour effet d’encourager la naissance de cet inventaire, mais la municipalité insiste: ses efforts ne partent pas de là. Lausanne a déjà reçu des félicitations pour sa politique climatique, elle a déjà signé des accords et a déjà dépassé les attentes fixées pour 2020.

L’exécutif propose en cette rentrée 2019 une démarche en deux étapes. D’une part, la mise en place de mesures immédiates, comme l’assainissement des bâtiments scolaires, nécessitant d’importants montants. D’autre part, un catalogue de mesures, qu’elle présentera en 2021, qui constituera à proprement parler son «plan climat», avec lequel elle vise une neutralité des émissions carbone à l’horizon 2030.

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Energie et mobilité

Dans l’immédiat, les priorités concernent la politique de l’énergie (la construction des écoquartiers des Plaines-du-Loup et de Prés-de-Vidy, l’extension du chauffage à distance) et de la mobilité (la réalisation du futur tram et du m3). Elle renonce dès 2020 à proposer du courant issu d’énergies non renouvelables. La ville prévoit par ailleurs des travaux à hauteur de 300 millions pour assainir d’ici à 2030 ses écoles.

Certains investissements sont même déjà planifiés: 25,2 millions pour la rénovation des collèges de Saint-Roch et de Montriond, 18 millions pour l’assainissement des sites de Montoie et de la Barre. Pour les financer, une augmentation des taxes sur l’électricité est prévue, mais avec une neutralité garantie pour les ménages.

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Sur ce dernier point, l’exécutif se base sur un récent préavis du Conseil communal qui dresse un état des lieux des 110 édifices scolaires lausannois, des besoins liés à la démographie et de la nécessité d’améliorer leur efficience énergétique.

Lausanne ne déclenchera pas d'«urgence climatique»

«Les mobilisations des jeunes ont eu l’effet bénéfique de mettre le focus sur la thématique du climat. Un focus aux aspects beaucoup plus concrets que ne l’avait à l’époque le débat sur le développement durable, très technocratique», se réjouit le syndic Grégoire Junod. «Mais il nous faut éviter certains risques. Gardons-nous des mesures symboliques, à caractère uniquement déclamatoire, sans effet à long terme.» C’est pourquoi Lausanne n’utilisera pas le terme d'«urgence climatique».

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«Ce débat sur le climat doit être l’occasion d’engranger, d’intensifier et de mettre en cohérence des politiques publiques sérieuses, résolues et volontaires, reprend le socialiste. Autre chose, nous n’intervenons pas sur une page blanche. Nos politiques climatiques ont déjà eu des effets importants. Les villes sont peut-être la cible des problèmes posés par le réchauffement climatique, en termes de mobilité, d’engorgement, de concentration des habitants. Mais elles sont aussi un formidable laboratoire de solutions.»

Lausanne, maître de ses eaux et de ses déchets

Qu’est-ce qui a par exemple permis à Lausanne de réduire ses émissions de CO2 par habitant de 30%, dépassant les objectifs de la Convention des maires (-20% d'ici à 2020)? Des outils dont les compétences appartiennent à la ville, le traitement des eaux et des déchets, ainsi que la mobilité. Le développement du m2 a fait drastiquement baisser le trafic en ville de Lausanne. Outre la neutralité carbone pour 2030, la capitale vaudoise veut faire mieux que l’objectif 2050 de la Confédération découlant de l’Accord de Paris, à savoir une limite des émissions entre 1 et 1,5 tonne par habitant et par année.

Des adaptations de taxes, des changements tarifaires et la baisse des prix de l’électricité en 2020 doivent par ailleurs permettre d’injecter 2,8 millions supplémentaires dans des fonds en faveur de l’environnement.

Cette stratégie municipale sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique fait l’objet d’un préavis qui sera discuté cet automne au Conseil communal.