Il y aura sans doute un peu de distraction chez les députés au Grand Conseil vaudois de gauche, pendant les débats, ces prochaines décennies. L’extrême gauche, le PS et les Verts siégeront en effet au plus près de la magnifique baie vitrée qui fait façade pour la nouvelle salle du parlement, inauguré vendredi. Une superbe vue sur le centre de Lausanne, digne d’un loft de luxe.

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Vendredi saint, soleil radieux, dans la Cité à Lausanne. Les premières effusions officielles ont eu lieu tôt. Les élus ont tenu leur première séance, symbolique, avant une cérémonie à la cathédrale. Quelques 1500 notables, plusieurs générations de députés, se sont succédé au long d’un cortège discipliné, à la gloire du nouveau saint des saints de la démocratie cantonale.

Une histoire mouvementée

Enfin: le Grand Conseil avait quitté son lieu naturel, à côté du Château, en 2001. L’année suivante, l’édifice, alors soumis à une simple rénovation, a brûlé. Le projet de reconstruction a provoqué une interminable polémique, un référendum et plusieurs psychodrames parlementaires, notamment à propos du volume de l’ensemble et son toit.

Dans cette histoire, «rien ne s'est passé comme prévu», a dit, cité par l’ATS, le grand argentier Pascal Broulis, lequel sait exactement de quoi il parle lorsqu’il évoque ce serpent de mer à la mode lémanique.

Un écrin grand mais pas tant

Le nouveau parlement réussit à être impressionnant sans luxe. Le hall d’accueil et plusieurs espaces frappent par leur grandeur, de hauts plafonds, des pièces agrandies par les façades de verre. Le hall comprend de grands rectangles de tissu offrant plusieurs places dans des sofas, qui tentent déjà fortement les élus. La buvette, dotée d’une superbe terrasse, fait envie aux visiteurs lambda. La salle centrale est neuve, elle sent le bois frais, et les rangs de sièges ont la beauté de leur éphémère virginité. On saisit vite l’absence de démesure; malgré la taille impressionnante de l’édifice, les principaux lieux demeurent modestes.

Les députés seront même plutôt serrés dans leurs rangées. Résumée à deux rangs, la tribune du public affiche une drôle de modestie, comme si les concepteurs et le mandataire partaient du principe que personne ne vient jamais suivre les débats du Grand Conseil. Au reste, cette tribune a donné lieu à une énième polémique, puisque c’est là que seront parqués les journalistes, fâchés de ne pas avoir un espace plus proche de l’arène.

Dessiné par l’architecte Marc Collomb, pour un devis final de 25,6 millions, le temple démocratique concilie noblesse et frugalité. En somme, il exprime une majesté vaudoise.

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Une inauguration bien vaudoise

Et il a été inauguré dans une ambiance bien vaudoise, avec un Guy Parmelin plus goguenard que jamais, passant sa matinée à flâner, des conseillers d’État en balade et en campagne, des curieux jamais avare d’une pointe d’ironie architecturale.

On a ainsi pu entendre que «c’est assez beau pour donner envie de revenir» – une leçon de civisme vaudois –, ou, pour relativiser l’ampleur historique du moment, la maxime «pourquoi changer le bocal si on garde les cornichons?». En pleine campagne, alors que la gauche domine l’exécutif mais reste minoritaire au Grand Conseil, le PS a saisit l’événement au mot, lançant : «Le parlement change, changez le parlement!». Même l’opposition parlementaire est bonhomme.