A Lausanne, le local d’injection sort de l’hibernation politique

Drogue Le PLR ne ferme pas la porte à un nouveau projet, à certaines conditions

Oscar Tosato, municipal du Social, salue la démarche

La réalité peut parfois bousculer l’idéologie. A Lausanne, malgré les efforts, le trafic de substances illégales dans les rues et les scènes ouvertes d’injections n’ont pas disparu et hantent les habitants. Le statu quo, soit une politique de la drogue en hibernation, proie des vetos politiques, n’est plus tenable, entend-on de toute part.

«Pragmatique», le PLR citadin, minoritaire face à une large majorité de gauche mais deuxième force politique lausannoise, a décidé de reprendre le sujet en main. Conscients que le thème remue en profondeur la ville, Mathieu Blanc et Pierre-Antoine Hildbrand ont empoigné le dossier. Entre fermeté, respect de la dignité des toxicomanes et efforts de réinsertion des personnes marginalisées, les deux candidats à la candidature aux élections municipales de 2016 ont communiqué ce vendredi leur disponibilité, certes en dernier recours, à rediscuter d’un local d’injection. Par rapport au refus inébranlable jusque-là d’envisager un tel espace, c’est le dégel.

La démarche, a expliqué le duo, répond également au retour en force du thème dans l’agenda politique. D’une part, Oscar Tosato, municipal du Social, a relancé il y a peu de temps la réflexion sur un espace de consommation, «élément qui manque au dispositif actuel de prise en charge des toxicomanes». D’autre part, les Verts ont proposé la création d’un groupe de réflexion explorant l’opportunité de «décriminaliser les addictions». Enfin, la volonté de plusieurs villes de réguler le marché du cannabis, quoique balayée par le Conseil fédéral, a aussi motivé la mobilisation du parti bourgeois.

Mathieu Blanc et Pierre-Antoine Hildbrand ont donc énuméré face aux médias les grands principes d’une politique de la drogue que le Parti libéral-radical entend mener dans la capitale vaudoise.

Lausanne et sa majorité de gauche «ont changé de cap depuis quelque temps», admettent les deux élus. Davantage de policiers patrouillent les rues. La création d’une brigade SIP – des assistants sociaux en uniforme assurant à la fois sécurité et prévention – est inscrite au budget 2015. La place de la Riponne, lieu de rencontre de marginaux au centre-ville, a bénéficié d’initiatives qui l’ont rendue plus conviviale.

En revanche, aux yeux de Mathieu Blanc et de Pierre-Antoine Hild­brand, les autorités peuvent intensifier leur action. Ils suggèrent notamment d’élargir les horaires d’ouverture d’un lieu d’accueil existant – Le Passage – où les toxicomanes peuvent demander de l’aide ­sociale et médicale de base. Ils souhaitent aussi réactiver établissements et programmes visant l’abstinence.

Pour le PLR, les mesures de sa feuille de route, combinant approches sanitaires, répressives, sociales, éducatives et judiciaires, sont prioritaires. Le parti demande également de prouver que ces mesures n’ont pas réussi à enrayer le phénomène avant d’amorcer la discussion sur un lieu de consommation.

Voilà pourquoi c’est seulement au bout de la liste de neuf points qui constitue le document approuvé par l’assemblée générale du parti qu’apparaît la mention du local d’injection. Le PLR, peut-on lire, «examinera attentivement» un nouveau projet de la municipalité, si certaines conditions sont remplies. Primo, celui-ci devra être «différent» de la mouture que les Lausannois ont refusée clairement dans les urnes en 2007. Secundo, le PLR souhaite une consultation publique. Tertio, le parti sera intraitable sur les mesures sécuritaires, le suivi médical et l’accès contrôlé aux lieux.

Malgré l’avalanche de préalables et de garde-fou, la porte est désormais entrouverte. Même Françoise Longchamp, élue PLR au parlement communal qui avait conduit le référendum à la victoire contre le premier projet, a fini par approuver le papier diffusé vendredi. Non sans quelques hésitations. Car son opposition de principe au local n’est pas remise en cause, indique-t-elle. Elle garde en effet «la liberté d’exprimer son opinion le moment venu».

Oscar Tosato, sur la base du communiqué libéral-radical, tient à saluer l’initiative, qui se démarque du «populisme» parfois de mise sur le sujet. Le magistrat socialiste réaffirme dans la foulée qu’un espace de consommation «encadré» reste nécessaire si l’on veut appliquer pleinement la politique des quatre piliers élaborée par la Confédération au cours des années 90 et adoptée par le peuple suisse en 2008. Politique qui associe la répression à la thérapie, à la prévention et à la réduction des risques.

L’édile souligne le terme «encadré». Cela signifie que les drogues n’y seraient pas prescrites, que la police combattrait le trafic, que l’on veillerait à la santé des usagers et que l’on chercherait à occuper les consommateurs avec des petits jobs.

Comme le PLR, Oscar Tosato précise que l’espace «n’est pas la solution». Mais il ajoute que «la prohibition absolue ne l’est pas non plus». Le but final reste l’abstinence et la réintégration sociale et professionnelle. L’élu prône une consultation publique. L’enjeu est tel qu’un passage en force est exclu. «Toutes les mesures, d’où qu’elles proviennent, doivent faire l’objet d’un débat démocratique. Car l’adhésion la plus large possible des Lausannois est essentielle.»

A partir de là, un projet pilote paraît possible. Selon le PLR, il faudra d’ailleurs s’inspirer de l’expérience bernoise, très réglementée, plutôt que du local genevois, Quai 9, à l’organisation plus souple.

L’espace de consommation «n’est pas la solution. Mais la prohibition absolue ne l’est pas non plus»