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Lausanne met la police dans ses parcs

La municipalité lance une bataille contre le «littering» dans les espaces verts. Elle vise aussi les débordements des fêtes sauvages

Lausanne met la police dans ses parcs

Vaud La municipalité lance une bataille contre le «littering» dans les espaces verts

Elle vise aussi les fêtes sauvages

Pour les gymnasiens lausannois, le parc du Mudac, à côté de la cathédrale, fait figure de point de rencontre incontournable. Inutile de s’y donner rendez-vous, les étudiants savent loin à la ronde qu’on s’y retrouve le vendredi soir, avec sono et canettes de bière. Mais l’ombre de la nouvelle offensive municipale «vers plus de propreté, de sécurité et de respect de la nature» dans les parcs, annoncée vendredi, plane sur le rituel estudiantin du vendredi soir.

«L’utilisation accrue des espaces verts est source de tensions entre les différents usagers de l’espace public et les habitants», estime la Ville. Dans le viseur des autorités: les débordements des week-ends animés. Cadavres de bouteilles, emballages de plastique éventrés, les amoncellements de déchets tapissent les parcs comme la rosée du matin. Depuis l’introduction de la taxe au sac en 2013, Lausanne observe une hausse des déchets de 50 à 100%. Face aux plaintes répétées d’habitants exaspérés par les assauts festifs au retour des beaux jours, elle serre la vis.

Première cible, le talus qui jouxte le Musée de design et d’arts appliqués contemporains est désormais interdit de musique. Ses habitués devront quitter les lieux à 22 h. La police intensifiera ses rondes dans le quartier. Les boissons sont encore tolérées, mais la ville se réserve le droit d’y interdire également la consommation d’alcool. Keiran, gymnasien, 17 ans, grimace: «Je comprends les voisins qui se plaignent quand on est 200. Mais un peu de musique le week-end, ça fait pas de mal. Et interdire l’alcool, ce serait exagéré. On est des étudiants, on n’a pas les moyens de boire des verres dans les bars.»

Le parc du Mudac n’est pas le seul concerné par ces nouvelles mesures. Trois autres zones en plein air se trouveront sous étroite surveillance et pourraient, en cas de débordement, se voir interdire d’alcool et de décibels «de manière temporaire»: le parc de Montbenon, les espaces forestiers et le parc Bourget, au bord du Léman, où se retrouvent baigneurs et amateurs de barbecue. Ces derniers n’auront par ailleurs plus le droit d’utiliser des grills jetables, responsables de dommages sur le gazon.

Pour mener sa bataille contre les déchets sauvages, la municipalité compte investir dans la modernisation de son arsenal de nettoyage. Elle réclame 2,5 millions de francs au Conseil communal pour l’achat de 100 «poubelles requins» et de 200 conteneurs enterrés pouvant avaler jusqu’à mille litres de déchets, d’un camion aspirateur, de gloutons et de bennes compactrices.

Surtout, elle compte renforcer la surveillance policière, avec une présence accrue des brigades cyclistes dans les espaces verts. Dix-huit employés municipaux du Service des parcs et domaines (Spadom) ont été assermentés pour pouvoir dénoncer les déprédations dont ils seraient témoins. Dès l’automne, une douzaine de «correspondants de nuit» en uniforme déambuleront dans les rues et les parcs les jeudis, vendredis et samedis soir, jusqu’à 2 heures du matin. Cette unité SIP (sécurité, intervention, prévention), dépourvue de compétence policière, fait partie du plan de la Ville présenté l’an dernier déjà pour pacifier les nuits. Enfin, la municipalité ouvre une ligne téléphonique pour encourager la population à dénoncer d’éventuelles déprédations dans l’espace public.

Du côté des conseillers communaux, qui devront valider ce nouveau train de mesure, l’accueil semble favorable. «Il était temps. Nous devons faire en sorte que tout le monde se sente autorisé à circuler partout et à n’importe quelle heure», estime le conseiller communal PLR Mathieu Blanc. «Il y a un ras-le-bol général des déprédations et des déchets. La saleté participe au sentiment d’insécurité», observe de son côté Philippe Mivelaz, président du groupe socialiste au Conseil communal et urbaniste. «Je soutiens les mesures contre le littering et la prévention dans les lieux où l’on consomme de l’alcool, renchérit le conseiller communal Hadrien Buclin, membre de SolidaritéS. En revanche, les interdictions ne résolvent rien. Et n’oublions pas que Lausanne reste l’une des villes les plus sûres du monde.»

Depuis la taxe au sac en 2013, Lausanne observe une hausse des déchets de 50 à 100%

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