Bruit

Lausanne met une sourdine, la nuit

Efficace pour diminuer le bruit, mais pas seulement, la mesure du 30 km/h de nuit sera appliquée dans la majeure partie de Lausanne. Sur un tel réseau, c’est une première suisse

La nuit, on dort, ou on roule doucement. La nouvelle mesure de Lausanne contre le bruit se traduit par le passage à 30 km/h de 22h à 6h du matin sur presque l’ensemble de son réseau routier. Trente-trois mille habitants pourront bénéficier du calme nocturne imposé, de la Maladière à Vennes, de la Blécherette à Pully, bref quasiment l’entièreté de la ville. C’est une première suisse. «Nous sommes en avance sur les Suisses alémaniques», a affirmé la municipale socialiste Florence Germond.

Cette mesure drastique est née du constat très positif de l’essai pilote d’abaissement de la vitesse sur deux tronçons de l’hypercentre lausannois. Durant deux ans, les avenues Vinet et de Beaulieu ont testé le 30 km/h nocturne. L’essai a démontré l’impact considérable sur la baisse des vitesses excessives et leurs bruits de pointe, réduits de 80%. Les riverains ont été emballés (satisfaits à 86%), les usagers ont approuvé ces mesures à 64%.

Lire aussi:  La Suisse négligente face au bruit du trafic

Tranquillité, assainissement de l’air et sécurité

«La diminution de vitesse a un impact de 2 à 3 décibels, ce qui équivaut à un volume sonore ressenti de 50% de moins de véhicules. C’est énorme en termes d’impact», analyse la ministre Nuria Gorrite, prônant ces mesures. «Le canton fournit des outils, c’est ensuite de la responsabilité des communes de prévoir le cocktail qu’elles estiment le meilleur. Nous considérons que cette méthode a fait ses preuves.» Au-delà de la tranquillité gagnée, la sécurité se trouve augmentée et la pollution diminuée.

La réflexion sur le bruit en tant que problème de santé publique en Suisse ne date pas d’hier. En 1986, une ordonnance sur la protection contre le bruit obligeait les autorités à prendre des mesures pour assainir les axes routiers. Dernier délai pour la mise en conformité: mars 2018. De nombreux cantons et communes sont désormais dans l’illégalité, et la population peut porter plainte pour non-respect des normes.

Lire aussi:  Les villes réclament la liberté des zones 30

Sous réserve d’opposition, la mise en place du dispositif à Lausanne est planifiée pour le premier semestre 2020. La municipalité présentera cette semaine au Conseil communal un préavis de près de 4,5 millions de francs pour sa vision d’ensemble sur l’assainissement du bruit routier. Car si les infrastructures du projet lausannois décrit sont basiques (seul l’ajout d’un panneau «30» avec l’inscription «22h-6h» est nécessaire), la stratégie municipale prévoit quelques compléments. Sept nouvelles zones 30 permanentes dans la ville, une généralisation du revêtement de sol phonoabsorbant, des radars pédagogiques et une importante campagne de communication. Florence Germond a assuré qu’il n’y aurait pas de volonté «chicanière» à l’encontre des automobilistes. Des dizaines de radars «smiley» seront déployés afin de rendre attentifs les conducteurs aux limites de vitesse abaissées, qui seront tout de même progressivement accompagnés de «vrais» radars.

Cossonay et Montreux séduits, le PLR non

Les syndics de Montreux, Laurent Wehrli, et de Cossonay, Georges Rime, ont salué les avancées proposées par le canton et promis que le 30 km/h de nuit est attendu chez eux aussi.

Jeudi, le PLR Lausanne présentait, lui, sa stratégie pour un centre-ville piéton. Xavier de Haller, élu communal PLR et secrétaire général vaudois de l’Automobile Club de Suisse, craint avec ces mesures nocturnes à 30 km/h la criminalisation des automobilistes. «A 22h01, un dépassement de vitesse qui aurait été sanctionné par une amende deux minutes plus tôt se transforme en retrait de permis et casier judiciaire.» La méthode de la municipalité n’est pas la plus efficace, une réflexion propre à chaque zone de la ville serait plus appropriée, selon lui.

Publicité