Comment honorer Juan Antonio Samaranch? La question est devenue un casse-tête pour l'exécutif de Lausanne, angoissé à l'idée que le parlement communal puisse refuser d'accorder au président du Comité international olympique la plus haute distinction de la Ville: la bourgeoisie d'honneur. Un refus qui serait considéré comme le pire des camouflets envers cet homme à qui la capitale cantonale doit beaucoup.

Tenant à marquer sa gratitude envers Juan Antonio Samaranch, la municipalité avait évoqué, il y a plus de six mois, l'idée d'offrir la bourgeoisie d'honneur au président du CIO. Mais, avant de lancer une consultation officielle sur ce projet et de le présenter devant le Conseil communal, les élus de la gauche avaient préféré effectuer un sondage informel auprès de leurs groupes politiques. Les discussions avaient vite révélé qu'ils couraient à l'échec. Tant des socialistes que des popistes avaient manifesté une certaine opposition au projet, «en raison du passé franquiste de Juan Antonio Samaranch» et «des interrogations que suscite le mouvement olympique». Aussi, la majorité au sein de l'exécutif s'est rabattue sur une autre possibilité. En compensation, elle veut offir au président du CIO, lorsqu'il quittera ses fonctions en juillet prochain, les clés de la ville, comme l'a relevé 24 heures dans son édition de lundi.

Même si le syndic de Lausanne, Jean-Jacques Schilt, trouve que cette solution reste encore «un symbole fort», elle ne séduit guère la minorité de droite de l'exécutif. Le radical Michel Thévoz, «fâché par cette idée fixe de vouloir faire justice sur le passé» de Juan Antonio Samaranch, ne comprend pas qu'«il n'y ait jamais eu de discussion sérieuse» sur ce sujet. «Nous aurions pu prendre le temps de convaincre le parlement, il n'y a que cent élus.» Une remarque reprise par sa collègue de parti, Doris Cohen-Dumani: «Je pense qu'il était possible de persuader le Conseil communal d'honorer dignement Juan Antonio Samaranch. D'autant qu'il y a de fortes probabilités que le sujet vienne devant le parlement.»

Aux convictions des deux élus, le socialiste Jean-Jacques Schilt répond par le scepticisme. Il ne croit guère à la possibilité d'obtenir une majorité en faveur de la bourgeoise d'honneur, tant à gauche qu'à droite, et encore moins aux promesses orales. Ce genre de décision étant toujours voté à bulletin secret, ce qui est dit ne serait pas toujours écrit, selon le syndic. «Il y a aussi le risque que la droite refuse d'accorder une telle distinction pour exprimer son opposition à la majorité rose-rouge-verte de l'exécutif. En voulant punir la gauche, elle punirait en réalité le président du CIO».