Raccompagner en voiture la baby-sitter au milieu de la nuit prendra désormais plus de temps, tout comme sera allongée la durée du parcours des nettoyeurs, au petit matin, venant dépoussiérer les bureaux avant l’arrivée des employés. Car pour améliorer «la santé et le bien-être» de ses résidents, Lausanne réduit la vitesse maximale de circulation à 30 km/h de 22h à 6h.

«C’est une attente forte de la population», promet Florence Germond, municipale chargée de la mobilité. «Les Lausannois dormiront désormais dans une ville moins bruyante.» Les essais effectués ont démontré que la vitesse de nuit à 30 km/h permet de réduire le bruit moyen de deux à trois décibels, avec une réduction par deux du bruit ressenti.

Pour illustrer son propos, la socialiste donne sa conférence de presse de lancement au bord d’une route passante, pas loin du rond-point de la Maladière. On ne l’entend pas, elle doit prendre un micro pour s’adresser à une dizaine de personnes. «Après deux ans de procédure juridique, je suis fière et émue de pouvoir vous le confirmer: dès lundi 13 septembre, nos équipes commenceront à poser dans toute la ville des panneaux signalétiques indiquant ce changement nocturne majeur. C’est la première fois en Suisse qu’une commune de la taille de Lausanne, dans sa couverture globale, impose une telle limitation de vitesse. C’est un pas de plus dans l’assainissement de la qualité de vie de quelque 33 000 riverains», assure-t-elle.

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Quid des feux bleus?

La baisse générale de la vitesse de 50 à 30 km/h la nuit a en effet été validée cet été par les juges de la Cour de droit administratif et public. Les magistrats cantonaux ont rejeté le recours déposé par un chauffeur de taxi. Les bus, trolleys et taxis devront eux aussi jouer le jeu et lever le pied de la pédale d’accélérateur. Quant aux feux bleus – les ambulanciers, les policiers – ils sont dans l’attente d’un changement de législation fédérale. «J’en profite pour lancer un appel à la conseillère fédérale Sommaruga, tente Florence Germond. L’Office fédéral des routes n’est pas entré en matière pour inscrire sous les panneaux 30 la mention «excepté feux bleus». Les ambulanciers, comme les policiers risquent des difficultés à cause de l’actuelle loi sur la circulation routière, qu’il faudrait urgemment modifier. Un consensus politique existe à Berne, la balle est désormais dans le camp du Conseil fédéral. Dans le canton de Vaud, le procureur général Eric Cottier a déjà témoigné de l’indulgence avec laquelle il examinera les situations juridiques en découlant.»

Un journaliste présent brandit l’argument de l’étude publiée en France cet été par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, selon lequel un moteur pollue davantage à 30 qu’à 50 km/h. Florence Germond répond que cette recherche ne tient pas compte des pics d’accélération «diminués par le 30 à l’heure, et extrêmement polluants», mais surtout que cette mesure de limitation de vitesse n’a pas pour objectif premier l’assainissement de l’air. «Nous avons toujours présenté le 30 à l’heure comme une protection contre le bruit et une amélioration de la sécurité routière. En cas d’accident, un piéton a 90% de chances de survivre s’il est percuté par une voiture circulant à 30 km/h, contre 10% à 50 km/h. Nos actions environnementales se retrouvent davantage dans le plan climat de la ville, avec la régulation des types de motorisation et du volume de trafic.»

A part la pose de panneaux, d’indicateurs de vitesse façon smileys et de radars la ville n’aura pas grand-chose à faire. Une cinquantaine de feux de circulation, à peu près un tiers des carrefours lausannois, seront mis en mode clignotant (certains depuis 22h, d’autres depuis minuit) afin de «fluidifier le trafic». Le coût de ces déploiements s’élève à 300 000 francs, «une somme très modeste», relève la municipale. Une somme qui devrait surtout être bien vite remboursée par les amendes des automobilistes, même si Florence Germond assure «une certaine marge de tolérance face aux infractions».

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D’autres villes s’y mettent aussi

En Valais, la ville de Sion annoncera le mois prochain le passage de la quasi-totalité du centre-ville à 30 km/h, nuit comme jour. Zurich veut, elle, généraliser la limite maximale de 30 km/h à l’ensemble de son réseau routier d’ici à 2030. Cette même régulation dans la ville de Paris, entrée en vigueur la semaine dernière a, on l’imagine, déjà fait couler beaucoup d’encre. Les automobilistes y dénoncent un chaos et se plaignent des embouteillages, des coureurs parisiens s’amusent à déclencher les radars en piquant un sprint, mais – pour une fois – la majorité des Parisiens (61%) se dit contente de cette nouvelle mesure. Lausanne aussi s’imagine déjà étendre 24h/24 «à tout le réseau secondaire cet apaisement de la circulation routière», rêve Florence Germond. Elle y travaillera encore durant cette législature.