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A Lausanne, le POP se fait agent contre la malbouffe

L’arrivée d’un restaurant KFC au cœur de Lausanne fait tiquer le parti de gauche, qui demande une meilleure régulation du nombre de fast-foods. La droite répond que ce n’est pas aux politiques de dicter ce qu’il y a dans l’assiette du consommateur

Quelle concentration de restaurants de fast-food admet-on au centre de Lausanne? Et quel est le rôle de la ville dans le choix des enseignes qu’elle accueille? Ces questions de politique alimentaire ont été amenées mardi soir au Conseil communal de la ville par l’élue POP Laura Manzoni, qui donnait suite à une pétition contre l’installation d’une enseigne KFC – Kentucky Fried Chicken – au Flon. «Sans intervention publique, c’est une monoculture culinaire qui s’impose, s’inscrivant dans une perspective purement économique, au détriment de la santé publique, du bien-être alimentaire, de l’écologie, de la convivialité, des conditions de travail», dénonce la pétition lancée par la gauche de la gauche.

L’idée du postulat est d’amener Lausanne à se pencher sur la question nutritionnelle que soulève l’arrivée de la chaîne du Colonel Sanders. Il propose d’intégrer dans le plan partiel d’affectation la possibilité de réguler l’implantation de fast-foods à Lausanne. «Il y a des limites à la liberté de commerce», tonne Laura Manzoni. «Les problèmes de santé qu’engendre la malbouffe sont du ressort des politiques publiques. C’est complètement contraire aux efforts de la ville, qui s’engage à promouvoir les produits locaux par des labels de qualité. De plus, ces chaînes bon marché deviennent des concurrents terribles pour les petits restaurateurs.»

Une pointe d’anti-américanisme

Réguler l’implantation de fast-foods à Lausanne, en empêchant le géant américain spécialiste du poulet frit d’ouvrir une succursale de 900 m² (la plus grande de Suisse) au centre de la ville en 2019: l’idée fait bondir les esprits libéraux. «Je ne sais pas si je mettrai un jour les pieds dans ce KFC, mais je défends la liberté de chacun de manger ce qu’il veut», soutient le PLR Vincent Arlettaz, auteur d’un billet de blog intitulé «Communisme et poulet frit». «Je décèle une pointe d’anti-américanisme dans ce combat du POP contre les grosses multinationales. Ils cherchent avant tout un coup d’éclat.»

Le président de GastroVaud, Gilles Meystre, déclarait aussi lundi soir lors de l’émission Forum: «Le POP a bataillé contre l’installation de Philip Morris au Flon, maintenant c’est KFC. Je tiens à leur rappeler que le Mur est tombé, que nous sommes passés au XXIe siècle et que les citoyens n’ont pas besoin d’une nouvelle police de la pensée!»

Lire à ce sujet: Philip Morris renonce à un projet contesté

Pour le syndic de Lausanne, «une occasion manquée»

Si la ville n’a pas de rôle à jouer dans le choix des enseignes qu’accueille Mobimo SA, la société propriétaire du Flon, elle peut par contre veiller à ce que les établissements publics dont elle est propriétaire (le Casino de Montbenon, l’abbaye de Montheron, le kiosque Saint-François, l’Avenir, le Café de l’Europe, etc.) offrent des produits locaux et de qualité. «Tant que le projet de KFC est conforme aux normes de la vente à l’emporter et à loi sur les auberges et les débits de boissons, rien ne nous permet de nous y opposer», commente le syndic de Lausanne, Grégoire Junod.

«Mais je regrette évidemment le choix de Mobimo d’installer un fast-food américain, symbole de la malbouffe, à l’entrée du Flon en contre-courant des tendances actuelles. C’est une occasion manquée! Nous venons de clôturer la seconde édition du festival Miam sur la place de la Riponne, qui a attiré entre 40 000 et 50 000 personnes dont beaucoup de jeunes. Nous continuerons à inscrire Lausanne dans une volonté de diversité culinaire.»

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