Drogue

Lausanne redéploie sa police pour lutter contre les dealers

La municipalité à majorité de gauche promet une présence en uniforme dans six points chauds du centre-ville. Un combat qui dure depuis au moins 13 ans...

Il y a eu Alpha, Strada, Héraclès… Impuissante à juguler le trafic de drogue dans ses rues, la ville de Lausanne a annoncé mardi un nouveau plan destiné à chasser les dealers de son centre.

Dès le 15 juin 2018, «un maillage du territoire basé sur la présence de policiers en uniforme (îlotiers) sera introduit», de 8h à 22h, sur six points exposés du centre-ville, a annoncé la police lausannoise dans un communiqué mardi. Le dispositif mobilisera une vingtaine d'agents avant de monter progressivement en puissance.

Cette décision a été prise «au vu de l’évolution des derniers mois et afin de répondre aux attentes des habitants […] pour lutter contre le deal de rue, l’appropriation du domaine public et le sentiment d’impunité qui en découle», explique la municipalité.

La récente sortie du cinéaste Fernand Melgar, une figure de la gauche, contre la présence massive de dealers à proximité de certaines écoles, semble avoir précipité la décision.

Lire aussi: Deal de rue: à Lausanne, Fernand Melgar révèle un malaise croissant 

«Malgré les efforts déjà consentis, la situation est insatisfaisante», a lâché Pierre-Antoine Hildbrand, municipal PLR en charge de la sécurité et de l'économie devant la presse à Lausanne. «Il faut reconnaître que la population de certains quartiers est excédée, et à juste titre», a-t-il déclaré, cité par l'agence ATS.

Si les mesures qui viennent d'être annoncées «étaient préparées depuis des semaines», Grégoire Junod, syndic de Lausanne, n'a pas caché que la manifestation contre le deal de rue qui s'est tenue la semaine dernière dans la capitale vaudoise et qui a réuni plus de 200 personnes «a accéléré leur présentation».

Les endroits où le nouveau dispositif sera déployé sont le quartier de Chauderon, haut lieu du deal lausannois, le quartier voisin de Maupas-Saint-Roch, Bel-Air et la passerelle de l’Europe au-dessus du Flon, le périmètre Gare-Petit-Chêne, la rue de Bourg et Saint-François ainsi que la zone Riponne-Tunnel.

Comparer les méthodes de lutte

La ville promet en outre «des actions coordonnées multiniveaux […] pour déstabiliser les trafiquants de stupéfiants. […] Cette présence visible sera renforcée par des points de passage obligatoires assurés par les divers éléments opérationnels, avec pour objectif de perturber les transactions et forcer les trafiquants de stupéfiants à multiplier les déplacements.»

Autant d’éléments qui, selon la ville, «contribueront à maintenir vendeurs et acheteurs sous pression».

Les autorités veulent aussi s'appuyer sur les prochaines conclusions d'une étude des sciences criminelles de l'Université de Lausanne, prévues pour l'automne, sur les méthodes de lutte contre le deal de rue. Celle-ci a pour objectif de comparer les villes de Lausanne, Berne et Zurich sachant que les Alémaniques sont moins confrontés à ce problème.

Interrogé sur ces différences, le syndic Grégoire Junod avance quelques pistes. «La question de la surcharge pénitentiaire, qui touche beaucoup Vaud et Genève, est probablement un élément d'explication important», estime-t-il.

Reste que pour Pierre-Alain Raémy, commandant du corps de police de Lausanne, «le deal de rue n'a pas disparu à Zurich». Une partie est toujours là, une autre s'est diluée avec le renforcement de la présence de la police et une dernière se fait par exemple dans des appartements.

Lire l'opinion: Six observations sur le deal de rue à Lausanne


Le deal à Lausanne, un serpent de mer chroniqué dans «Le Temps» au fil des années

■ 16 février 2002: Comment les trafiquants africains ont conquis Lausanne

«Rue de l'Ale, rue Haldimand, escaliers de Bel-Air. A la nuit tombée, des grappes de dealers s'installent au centre de Lausanne. Leur créneau: la cocaïne, vendue 100 francs le gramme. Ils disent venir de Sierra Leone, de Guinée Conakry ou, plus rarement, de Mauritanie. La police municipale multiplie les opérations - RANO, ALPHA - pour leur rendre la vie un peu plus difficile, mais sans parvenir à nettoyer le pavé. La répression de rue doit s'accompagner «d'un message fort» visant à contrer les amalgames, estiment les organisations antiracistes.»

■ 27 octobre 2009: Lausanne veut muscler le combat de rue contre le trafic de drogue

«A entendre les Lausannois, le phénomène s’amplifie. Les dealers éclusent également les quartiers «bourgeois» de la capitale vaudoise. Marc Vuillemier, municipal de la Police, prévoit d’engager dix policiers pour les poursuivre; des experts du milieu, rompus aux négoces de détail illicites, notamment de cocaïne. Les dix agents iront renforcer le groupe Celtus, le plan d'action s’appellera logiquement «Celtus plus». Il permettra, précise Marc Vuilleumier, de «chasser le flagrant délit».»

■ 4 avril 2013: La police à la reconquête des rues de Lausanne

«L’opération «Héraclès» doit déstabiliser le trafic de drogue en ville. Depuis le 1er avril, les agents en uniforme et en civil «harcèlent» les dealers. Visibles, ils quadrillent les places chaudes au moins huit heures par jour. Ils veillent, contrôlent et interpellent. Plus que les plantons d’une autre époque ces agents sont dynamiques, prêts à s’adapter au paysage mouvant du deal. Par ailleurs, la police va inquiéter les consommateurs.»

■ 29 mai 2018: Deal de rue, Fernand Melgar révèle un malaise croissant

«L’irruption du réalisateur Fernand Melgar, symbole de la gauche humaniste, dans le débat du deal de rue illustre un changement de ton. La gauche lausannoise, qui laissait depuis deux ans le champ de bataille au municipal de droite isolé Pierre-Antoine Hildbrand, tente désormais de réagir face à l’exaspération montante de la population.»

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