Le verdict devrait tomber au cours du mois de septembre. On connaîtra alors le sort de Métamorphose. Quelques changements majeurs, voire surprenants, ne sont pas exclus par rapport à la mouture initiale du grand projet urbanistique appelé à transformer Lausanne. Face aux impératifs économiques, la nouvelle municipalité de la capitale vaudoise avait décidé d’examiner sa viabilité financière. Un travail «intense et de qualité», selon les mots d’Olivier Français, directeur des Travaux, a donc démarré au début de l’été. Les magistrats allaient redéfinir le périmètre et le calendrier des chantiers à venir. Trop cher pour Lausanne, écrasée par une dette de 2,3 milliards, Métamorphose a été contrainte de recalibrer ses ambitions.

Pour l’heure, rien ne filtre. Ou presque. Les volets consacrés au logement, un écoquartier pour 5000 habitants et 2000 emplois, ainsi qu’au transport, nouveau métro M3, subirait peu ou pas de modifications. Les installations sportives sont par contre au centre des réflexions. Le stade de football sur les rives du Léman à Vidy ne court pas de risques. Un partenariat public-privé comprenant commerces et logements bétonne son financement. En revanche, celui d’athlétisme au nord, à la charge de la Ville, pourrait être décalé dans le temps à l’image d’une salle multisport voisine. L’enceinte ne verrait pas le jour avant 2022, prédisent certains, prolongeant d’autant la vie de la Pontaise promise selon les plans à la démolition.

En revanche, l’idée de renoncer à l’installation, suivant les craintes des plus pessimistes, semble peu probable. D’un côté, Athletissima réclame une demeure digne de sa renommée. Et personne ne voudrait voir disparaître ou déménager ce meeting mondialement connu. De l’autre, dans le cadre d’un programme de soutien aux équipements sportifs d’importance nationale, la Confédération serait prête à allouer 4 millions de francs pour une telle enceinte.

Du coup, l’éventualité de bâtir un stade polyvalent à Vidy aurait refait surface. Ainsi, on ne repousserait pas aux calendes grecques l’athlétisme, la Ville économiserait de l’argent tout en profitant de la manne fédérale. Le compromis déplaît cependant aux fans du ballon tout comme aux bailleurs de fonds, qui rêvent d’une arène «à l’anglaise» de 13 000 places face au Mont-Blanc.

Bref, l’incertitude ne cesse d’alimenter la polémique et les conjectures. Les propositions alternatives fusent. Dernière en date, un postulat du PLR lausannois. Il suggère à l’exécutif communal de vendre une partie des terrains destinés à l’écoquartier. Le pactole d’une trentaine de millions paierait le stade au nord de la ville. L’idée essuie le refus catégorique de la gauche majoritaire au parlement communal. Celle-ci préfère la location des biens fonciers pour 99 ans, qui «rapporte davantage à long terme».

Quant à la piscine olympique, à l’origine accolée au terrain de football, elle pourrait voir le jour ailleurs. Par exemple sur le site du stade intercommunal de glace de Malley, à l’intersection de Renens, Lausanne et Prilly. La patinoire attend une rénovation importante. Si bien que la construction du bassin pourrait profiter de la solidarité financière des communes propriétaires des lieux. L’hypothèse, quoique inattendue, paraît plausible. En effet, tout comme le rééchelonnement des chantiers et la valorisation des terrains via des droits de superficie, la volonté d’impliquer les localités de l’agglomération lausannoise est un élément clé du financement de Métamorphose.

En attendant la communication officielle de la Ville, le suspense reste entier. Olivier Français tient néanmoins à démentir les rumeurs alarmistes qui redoutent une reculade: «Ce qui a été voté en 2009 par la population sert toujours de base aux études en cours.» Ce qui n’empêche pas des discussions sans préjugés ni dogmes intouchables. «Tout a été mis à plat», confie un connaisseur. L’arrivée de deux nouveaux municipaux socialistes à l’issue des élections municipales de 2011, Florence Germond et Grégoire Junod, a déverrouillé le projet. L’état préoccupant des finances lausannoises a fait le reste.

Lancé dans l’euphorie en 2007, Métamorphose a connu un cheminement tourmenté à l’image d’autres projets urbains d’envergure. Les contestations n’ont pas manqué, surtout au sujet de la démolition de la Pontaise. Dans le but de vaincre les résistances et les oppositions, la municipalité a fait des concessions, corrigé le tir, modifié son programme. Le vote populaire en septembre 2009 a fini par donner raison à l’exécutif. Mais en cours de route, les équipements sportifs notamment se sont multipliés. Il fallait bien contenter un peu tout le monde, note un élu. Et couper l’herbe sous le pied aux opposants.

Aujourd’hui, le pragmatisme est de retour. Dans un langage de managers, la Ville s’est engagée à «optimiser» son programme. Quitte à décevoir quelques-unes des énormes attentes qui accompagnent Métamorphose depuis son apparition.

Dans le débat, l’éventualité de bâtirun stade polyvalentà Vidy aurait refait surface

«Ce qui a été voté en 2009 par la population sert toujours de base aux études en cours»