Elections communales VD

Lausanne en superstar de la gauche 

L'union rose-rouge-verte confirme sa suprématie dans la capitale vaudoise, tandis que le PLR échoue à rééquilibrer le rapport de force. 

L’élection de la Municipalité de Lausanne s’est soldée par le triomphe de l’alliance rose-rouge-verte, qui a placé ses six candidats au premier tour, comme en 2011 déjà. La droite, qui misait sur son succès aux récentes élections fédérales, n’a pas confirmé.

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La logique voudrait que le septième fauteuil soit attribué tacitement à Pierre-Antoine Hildbrand, le mieux placé des deux candidats PLR. L’indépendant Bruno Dupont, le moins bien sorti des seize candidats avec 618 voix seulement, a toutefois annoncé son intention de provoquer un second tour. Quant au PDC Manuel Donzé, sorti douzième, il se tenait à disposition de son parti pour une telle éventualité.

Au Palais de Beaulieu, à l’heure de la proclamation des résultats, la gauche lausannoise vit un dimanche de superstar. L’ancienne municipale socialiste Silvia Zamora, qui avait misé sur un «cinq contre deux», a les yeux humides de la joie d’avoir perdu son pari. «Des grandes villes suisses, Lausanne est la seule où la gauche est si solidement implantée au parlement communal et à l’exécutif», relève Grégoire Junod, actuel responsable de la politique du logement et candidat à la syndicature.

Florence Germond la mieux élue

Les vainqueurs du jour soulignent aussi qu’ils ont bénéficié de la forte participation suscitée par les votations fédérales. Pour l’élection municipale, la participation a atteint près de 38%, alors qu’elle était de 29% il y a cinq ans. Pour les sujets fédéraux, elle s’élève à 49%. A ce niveau aussi, le plus grand intérêt des citoyens joue en faveur de la gauche et de ses mots d’ordre: les Lausannois ont rejeté l’initiative de l’UDC par trois quarts des suffrages, ils ont rejeté l’initiative du PDC par deux tiers des voix et ils ont dit oui à l’initiative des Jeunes socialistes contre la spéculation sur les denrées alimentaires.

Les socialistes Florence Germond, Oscar Tosato et Grégoire Junod sont réélus, dans un mouchoir de poche. La mieux élue est la directrice des finances, avec 60,2% des voix, devant le directeur des écoles, qui a toujours été un politicien populaire. Le candidat à la syndicature, Grégoire Junod, ne sort qu’en troisième position.

Lui en voudrait-on de s’être imposé comme candidat syndic, avant même sa réélection comme membre de la Municipalité? Soucieux d’éviter des primaires, le PS l’a propulsé rapidement pour succéder au Vert Daniel Brélaz. A 300 voix seulement de sa camarade Florence Germond, sur 18 000 suffrages, il ne pense pas que sa légitimité de candidat syndic puisse être remise en cause. Le vote des Lausannois a été remarquablement compact.

Natacha Litzistorf et David Payot, les deux nouveaux

Le vert Jean-Yves Pidoux (services industriels) est également réélu largement (58,9% des voix). Il est rejoint dans le peloton de tête par la verte nouvelle Natacha Litzistorf, l’actuelle présidente de la Fédération romande des consommateurs. Alors que l’époque de l’après-Brélaz commence, et malgré les difficultés qu’ils connaissent dans d’autres élections et une certaine érosion à Lausanne même, les écologistes continueront d’avoir deux sièges à la Municipalité.

Le 6e élu de la gauche, David Payot suit de près aussi, élu avec 53,6% des suffrages. Le POP sauve ainsi, après le départ de Marc Vuilleumier, l’un de ses derniers sièges dans les exécutifs suisses. Son résultat est une bonne démonstration de la force de bloc. Le nouvel élu recueille 17 000 suffrages, alors que les candidats de Solidarités, qui sont pourtant ses alliés au Conseil communal, recueillent à peine 2000 suffrages en faisant liste à part.

Droite divisée

Pour les deux candidats PLR, Pierre-Antoine Hildbrand et Mathieu Blanc, la pilule est amère (lire leur interview). Ils suivent loin derrière le sextuor de la liste unique, avec 24% des voix, soit quelque 10 000 suffrages de retard. A titre de comparaison, c’est avec 3000 voix d’écart que le PLR avait raté en 2011 son élection au premier tour. Le PLR, dont l’ambition pourtant raisonnable était d’avoir deux élus au lieu d’un seul dans ce collège de sept, échoue.

Le candidat de l’UDC, Pierre-Alain Voiblet, réunit 4190 suffrages (13% des voix). Le parti blochérien semble miné par ses dissensions. Le centre, avec le PDC et les Vert’libéraux, devrait en revanche faire son retour au parlement communal, dont il avait été éliminé. Face à la gauche unie, les listes du centre droite se signalent par leur dispersion.

Pour le Conseil communal, selon de résultats provisoires à 18h00, le PS a amélioré sa position au Conseil communal (33 sièges, +3). Mais les autres composantes de la gauche sont en recul, avec 17 sièges pour les Verts (-3) et 10 pour Ensemble à gauche (-3). Le PLR obtient 21 sièges (-3) et l’UDC 12 sièges (-2). Tant la gauche que la droite ont dû faire place au centre (PDC et Vert’libéraux) qui revient au parlement lausannois avec 6 sièges.

Yverdon ville de droite

A Yverdon-les-Bains, seconde ville vaudoise, la situation est à l’inverse de Lausanne. Les 4 candidats PLR passent au premier tour, syndic Jean-Daniel Carrard en tête. Leur allié UDC n’a pas passé la barre, ni les candidats de gauche, dont la Verte Carmen Tanner est la mieux placée.

Le syndic de Nyon Daniel Rossellat a été réélu, alors que celui de Morges, Vincent Jaques, est en situation de ballottage favorable. Ballotage général à Vevey aussi, où Jérôme Christen sort en tête et à Renens, où la Verte Tinetta Maystre est la sortante la moins bien placée.


Les leçons d’une victoire

En plaçant à nouveau sa liste compacte à la municipalité dès le premier tour, la gauche lausannoise remporte un succès qui comble ses plus grandes espérances. L’usure d’un pouvoir qu’elle exerce depuis un quart de siècle? Au contraire, elle renforce même l’écart. Les candidats du PLR, qui espéraient mettre en péril le maillon le plus faible d’une majorité en place depuis si longtemps, sont cruellement déçus.

Après les rires et les larmes du jour, quelques leçons sont à tirer pour qui voudrait tenter à nouveau de secouer l’hégémonie des roses-rouges-verts. Ceux-ci, jouant avec efficacité des nuances de leur palette, sont les as de la liste unique, face à une droite qui, du centre à l’UDC, n’a pas encore réglé le problème de son éclatement. Le bloc est d’autant plus puissant que les électeurs, comme le montre le scrutin de dimanche, votent très compact.

La relève du PLR pensait bénéficier du virage à droite marqué sur le plan suisse lors des dernières élections fédérales. Quels que soient leurs qualités et leur engagement, ses deux champions ont pâti de la moindre notoriété des nouveaux. Dur de se faire élire dans un suffrage majoritaire lorsque la liste n’est pas tirée par un ancien. Sans doute regrettent-ils aujourd’hui qu’Olivier Français n’ait pas cédé son siège en cours de législature, ce qui leur aurait permis d’avoir un pied dans la place.

On voit aussi que la gentillesse ne paie pas. La politique de non-agression des prétendants a produit des résultats encore plus frustrants pour la droite qu’en 2011. Mais au-delà du ton, c’est sans doute l’absence d’un programme de rechange portant une autre vision de la ville et justifiant le changement de cap qui révèle le problème de fond. Gauche plurielle géniale ou minorité en manque de créativité, telle est la question.

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