Vaud

A Lausanne, un élu appelle à la désobéissance civile

Lorsque le nouveau municipal lausannois d’extrême-gauche David Payot se déclare prêt à héberger des migrants en situation illégale, le PLR s’insurge et demande sa suspension

Qu’est-ce qui prime, la loi ou le respect de la dignité humaine? A Lausanne, l’élu municipal d’extrême-gauche (POP) David Payot amène le monde politique à s’interroger sur la question qu’il y a 2500 ans Sophocle posait déjà dans la tragédie d’Antigone.

Le 21 septembre dernier, le Popiste déclarait qu’il était prêt à cacher chez lui un réfugié menacé de renvoi, déclenchant l’ire du PLR. David Payot tenait ces propos lors d’une conférence de presse du Collectif R, dont il est parrain. L’association milite contre les renvois de requérants d’asile et demande l’abrogation des accords de Dublin. A ses côtés, deux élus communaux, Pierre Conscience et Léonore Porchet, appelaient la population à héberger des migrants en situation illégale.

«La Municipalité parraine-t-elle un hors-la-loi?»

Le PLR s’offusque de ces manières: inciter à la désobéissance civile, voilà qui est incompatible avec des fonctions publiques. Le parti dépose une interpellation urgente au conseil communal. «La Municipalité parraine-t-elle un hors-la-loi?»

La loi punit d’un an de prison ou d’une amende quiconque facilite le séjour illégal d’un étranger. La peine encourue monte à cinq ans de prison si la personne agit dans le cadre d’une association. L’an dernier en Suisse, près de mille personnes ont été condamnées.

«Il faut respecter la légalité certes, mais il faut aussi qu’elle corresponde à une légitimité. Il y a des sujets qui méritent qu’on se dresse contre la loi», déclare David Payot au «Temps», réjoui que le débat ait pris.

En fonction depuis cet été seulement, David Payot a précisé qu’il tenait ces propos à titre personnel et n’impliquait pas la Municipalité. Dans la foulée, certains de ses collègues au sein de l’Exécutif de la capitale vaudoise, à large majorité rose-rouge-vert, avaient parlé de faute politique mais mardi soir au conseil communal, tous faisaient bloc derrière la jeune recrue.

Une question de «liberté d’expression»

Mardi pour répondre au PLR conduit par Xavier de Haller, le syndic socialiste Grégoire Junod déclarait que son collègue popiste n’avait commis «aucune infraction pénale», mais usé de sa «liberté d’expression».

Claude-Alain Voiblet, du nouveau parti libéral-conservateur rejoignait le PLR dans son indignation, nourrissant le débat long et émotionnel. Dans une démocratie semi-directe, fustigeait le PLR, c’est le peuple qui fixe la loi. Pour la modifier, on lance une initiative.

«Par rapport aux propos qu’il a tenus, comment réagira David Payot en tant que municipal des écoles lorsque les élèves ou leurs parents ne voudront pas se plier au règlement?», a demandé le secrétaire général du parti Philippe Miauton à l’insurgé. David Payot a répondu, lui-même cette fois, qu’il «reste attaché à l’ordre et à la sécurité, qu’il ne faut pas mal interpréter [ses] propos».

Le PLR demande la suspension du municipal

Une plainte contre David Payot a été déposée par des citoyens devant le préfet, qui devra statuer. Dans une résolution, le PLR a même demandé que David Payot soit suspendu de ses fonctions durant la durée de l’enquête du préfet. Celle-ci a été refusée par le conseil communal.

En début d’année, David Payot avait accueilli chez lui un exilé sénégalais qui avait transité par l’Italie. Il avait respecté son assignation à résidence jusqu’au 21 mars, où la police est venue le cueillir pour ensuite l’expulser en Sicile, racontait David Payot au journal «20 minutes» le 22 septembre dernier. Le quotidien gratuit ajoutait que, selon ses sources, l’individu est revenu illégalement dans le canton de Vaud.

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