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A Lausanne, une victoire fragile contre le deal de rue

A peine trois semaines après son lancement, le dispositif contre le deal de rue semble porter ses fruits. Même si cette lutte quotidienne est épuisante pour les policiers mobilisés

Depuis le lancement du dispositif contre le deal de rue, le 15 juin dernier, les vendeurs ne courent plus les quartiers de Lausanne. Autrefois, environ 200 dans l’hypercentre, durant la soirée et la nuit, «ils ne sont plus qu’une cinquantaine», constate le major Stéphane Dumoulin, chef des opérations du corps de police lausannois. Pour ce qui est de la journée, l’officier se félicite de l’efficacité du déploiement des agents de police sur six points stratégiques de la ville. «La clé, c’est que les dealers soient en mouvement en permanence afin d’éviter qu’ils n’aient un point de fixation en ville», détaille-t-il.

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La visibilité du deal de rue, moins flagrant ou déplacé, «s’est réduite du jour au lendemain», se réjouit le cinéaste Fernand Melgar, qui avait pris position via les réseaux sociaux contre la présence des dealers aux abords des écoles. Mais, pour le major, rien n’est encore joué: «Les dealers sont perturbés, plus méfiants et certainement en train de se réorganiser.» Les agents sur le terrain observent des déplacements en périphérie de la part de certains dealers. Là, la police lausannoise agit «avec des entités cette fois plus discrètes et plus répressives», déclare le major Stéphane Dumoulin. D’autres dealers agissent désormais dans les transports en commun. «Ils attendant leurs clients à l’arrêt de bus et procèdent à l’échange dans le bus», signale Fernand Melgar.

Essoufflement et insécurité des agents

De nombreux signalements par message ou courrier ont d’ailleurs permis d’éviter une concentration de vendeurs de drogue dans d’autres coins de la ville. «La police agit rapidement dès que nous l’alertons. Du coup, les Lausannois ont le sentiment d’être entendus et les quartiers reprennent vie», observe Sandra Pernet, la présidente du PDC lausannois, qui a organisé la manifestation anti-dealer qui s’est tenue en mai dernier. L’élue pointe d’autres problèmes désormais: l’essoufflement et l’insécurité des agents. «Ils ne sont pas assez nombreux pour couvrir la ville et travaillent seuls sur le terrain. Cela pèse sur leur quotidien», dit-elle, en précisant avoir reçu plusieurs témoignages anonymes. Sandra Pernet a proposé une résolution, votée lors du Conseil municipal du 12 juin: elle stipule que chaque agent soit accompagné d’un éducateur pour faire de la prévention auprès des jeunes.

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Plus de 50 agents sont mobilisés sur le terrain pour mener à bien cette opération. Le major Dumoulin reconnaît la difficulté pour un policier «d’être à un endroit s’il ne se passe rien. C’est dans son ADN d’intervenir, de chercher le flagrant délit. Et comme les dealers ont disparu, la mission peut être un peu rébarbative. Nous devons veiller au moral du personnel.» Les forces de l’ordre maintiendront leur présence durant l’été, mais attendent la rentrée pour observer l’évolution de la situation et dresser un bilan provisoire de ces nouvelles mesures. «Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il n’y a plus de présence de dealer de rue sur les six points tenus de 8 à 22h», assure le chef des opérations. Une organisation efficace, que tempère toutefois Fernand Melgar, qui souligne qu’à 22h01, «la situation redevient identique à ce qu’elle était auparavant».


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