Lausanne veut nettoyer ses rues

Vaud La Ville entend sanctionner l’étalage de déchets dans l’espace urbain

Coûteux, le fléau fait l’objet d’une exposition

Il y a des jours à Lausanne où il faut zigzaguer entre canettes, emballages et crottes de chiens jonchant le macadam. Surtout les petits matins de fin de semaine. Les quelque 1300 poubelles publiques n’enrayent pas les mauvaises habitudes de certains. Une armada de 120 employés de la voirie passe près de 30 000 heures annuelles à entretenir le domaine public, 7000 de plus qu’il y a dix ans. De guerre lasse, la Ville veut dorénavant sanctionner les fautifs à coups d’amendes.

Une manifestation, vernie ce mercredi, fait le point et compte stimuler la réflexion sur le phénomène du littering, terme anglais qui désigne le fait d’abandonner des détritus sur la voie publique. Un fléau urbain suisse et mondial.

M’en fous…! … Y ramassera! – titre de l’exposition ouverte jusqu’au 7 décembre au Forum de l’Hôtel de Ville – met le doigt là où ça fait mal. Elle montre, en images et avec des exemples concrets, à quel point l’incurie de certains coûte cher à tout le monde.

Les communes suisses déboursent 144 millions de francs par an pour faire face à une montagne de détritus. L’Office fédéral de l’environnement a calculé que cela coûte 18,50 francs par habitant. Le nettoyage du mètre carré, quand il est pavé notamment, peut atteindre 120 francs.

Quant à la capitale vaudoise, elle ramasse chaque année 1200 tonnes de déchets. Olivier Français, municipal chargé des Travaux, estime à 5 millions de francs le prix à payer pour ramasser ces détritus sauvages. «Des millions, renchérit Florence Germond, responsable des finances communales, que l’on pourrait utiliser autrement.» Cette masse polluante alimente en outre des sentiments d’insécurité au même titre que d’autres incivilités.

Acculé par ce constat, l’exécutif, qui a déjà pris des mesures par le passé, a décidé de renforcer son arsenal de lutte. Car le problème «persiste et s’aggrave», relèvent les autorités. C’est pourquoi celles-ci entendent passer à la vitesse supérieure. La répression ira désormais de pair avec la prévention.

Un observatoire de la propreté, constitué au cours de cette année, a mené les travaux en impliquant tous les services concernés. Ainsi, d’un côté, la Ville compte multiplier les campagnes de prévention et établir des règles d’usage des parcs et promenades. De l’autre, elle va donner les moyens à ses collaborateurs sur le terrain de ­sévir contre les personnes malveillantes. Depuis 2011, Lausanne dispose d’une brigade de la propreté, comme d’autres centres urbains helvétiques. Cependant, les six agents qui la composent ne peuvent pas sanctionner les fautifs et doivent se limiter à sensibiliser les jeunes et moins jeunes aux règles de la vie en commun sur le domaine public. Or, à l’avenir, la petite unité devrait pouvoir amender les personnes surprises en flagrant délit. Pour ce faire, il faut que le canton adapte la législation. Une révision est en cours.

Malgré les espoirs lausannois, l’expérience d’autres villes suisses semble indiquer que les amendes seules s’avèrent souvent vaines. L’idée «d’un centime du littering» sur des produits à risques, comme les bouteilles en PET, commence à circuler. Cette mini-taxe contribuerait aux financements de la lutte contre les déchets de rue et pousserait producteurs et détaillants à freiner la prolifération des emballages.

Une statistique datant de 2011 montrait certes que les mégots de cigarettes représentaient 36% du coût de ramassage des déchets abandonnés. Mais les données récoltées mettaient aussi en évidence que les emballages de boissons et de repas y contribuaient à 54%.

A l’avenir, la brigade de la propreté devrait pouvoir amender les personnes malveillantes