Tandis que pour les uns l'introspection de la gauche ne pose pas les bonnes questions, d'autres estiment que la démarche de la WochenZeitung (WoZ) vise directement la nouvelle présidente socialiste.

Ainsi, le politologue et conseiller national Andreas Gross (PS/ZH), dénonce une attaque en règle contre Ursula Koch. «Cet hebdomadaire ne s'est toujours pas remis de la défaite d'Andrea Hämmerle, le poulain de Peter Bodenmann.» On ne saurait néanmoins réduire le conflit entre Peter Bodenmann et Ursula Koch à une simple opposition entre réformateurs pragmatiques et radicaux fondamentalistes. Le débat est beaucoup plus vaste. «Il s'agit d'une divergence fondamentale sur l'orientation du parti. Après la politique spectacle offerte en pâture par Peter Bodenmann aux médias, Ursula Koch cherche à se concentrer sur l'essentiel. La politique ne se limite pas à un management médiatique, ni à des apparitions à Arena (l'émission phare de la télévision alémanique, n.d.l.r.). La présidente souhaite avant tout regagner la confiance de la base, car sans son engagement la survie de la gauche n'est pas pensable.» La figure de proue du PS, Helmut Hubacher, constate quant à lui que les débats contradictoires ont toujours nourri le parti. «Tant qu'ils ne conduisent pas à son autodestruction, ils sont salutaires.» La volonté de certains de diaboliser la nouvelle présidente n'effraie pas davantage celui qui fut président du PS de 1975 à 1990. «Quand j'étais président, j'étais le méchant. Depuis que je me suis retiré des instances dirigeantes, on me taxe de raisonnable. Les défunts, eux, sont les meilleurs.»

Son successeur Peter Bodenmann regrette que les questions posées par les tribunes libres de la WoZ ne soient pas les bonnes. «Aucun auteur n'a proposé une analyse en profondeur du parti. Les défis économiques et européens ont à peine été effleurés.»

L'ancien secrétaire de l'Union syndicale suisse, Beat Kappeler, aurait souhaité que la gauche saisisse l'occasion pour analyser sérieusement la variante «blairienne» du socialisme. «Les pays anglo-saxons montrent l'exemple, mais le socialisme continental se complaît dans son provincialisme.»

Le porte-parole de la gauche, Peter Peyer, n'espère, lui, qu'une seule chose: que ce grand déballage débouche sur quelque chose de constructif.

E. Mi